Le monde (des Hommes), celui du 28/07/2010

Inspection dans le patriarcat. Première étape, Le Monde. Quotidien établi, reconnu et intello-gauchiste qui se veut respectable en France, il est soumis aujourd’hui à mon sexistomètre scientifiquement infaillible et ultra-précis, testé avec des méthodes approuvées par la féministosphère de mon laboratoire cérébral.
Résultat: Le Monde est un journal sexiste. Quoiiii!? Hallabashlaballa!
En effet, si on est femme à lire Le Monde (combien y en-at-il?), on sent bien fort qu’on en fait pas trop partie.
Déjà, faut-il le rappeler, la beauté de la langue patriarco-française fait de l’homme l’humain par défaut; difficile pour une femme alors de se projeter dans le monde si toutes les populations (les françaiS, les anglaiS…), les groupes, les citoyens, et toutes les fonctions possibles tels qu’avocats, médecins, chefs d’état, politiciens, soldats, dirigeants, diplomates, conseillers, (etc) ainsi que les adjectifs ne sont déclinés qu’au masculin. Implacablement, on imagine des hommes français, des hommes citoyens, des hommes soldats, des hommes dirigeants: puisque le masculin c’est la règle, en tant que femme ça demande un effort injustement supplémentaire et contrariant de s’imaginer potentiellement inclues dans ces catégories. En gros, chaque mot masculin utilisé en dépit de l’existence de femmes est un nouveau coup de dague s’enfonçant et rappelant sans relâche aux femmes lectrices qu’elles sont le sexe invisible, déviant et minoritaire. Soit, c’est le lot de tous les journaux, de toutes pièces exprimés en français: mais loin d’être une remarque futile, c’est simplement dire que tous sont (au moins partiellement) sexistes, et que Le Monde, en participant à l’utilisation de la langue franco-masculine, n’y échappe point.
Sur un plan plus spécifique, le sexistomètre révèle que:
Sur un total d’environ 36300 mots (LM du 28/07/2010), j’ai compté le nombre de fois où était mentionné un nom d’homme, et le nombre de noms de femme (répétitions incluses), pour voir un peu où en était la représentation des femmes dans la presse conventionnelle.
Ben, sur 912 hommes mentionnés, il y a 176 femmes. Ça, c’est une représentation de 1 sur 9. Bouhhh. Mieux, la proportion femmes politiques/hommes politiques est de 1 sur 10, (24/220), ainsi que la proportion entre hommes et femmes catégorisé(e)s ‘quelconques’ (acteurs/actrices politico-économiques, soldats, anonymes: 54/584). Pour évaluer le quotient de masculinité violente du journal, j’ai aussi relevé au nombre de 680 les termes relatives à la guerre, le combat, la violence, l’agressivité, et aux rapports de domination/soumission: c’est à dire que sur la totalité des articles, 60% comportent un vocabulaire emprunté de violence masculine. La catégorie la moins sexiste, au final, est celle des journalistes, avec environ une femme pour six hommes (un peu moins de 20%).
Plus qualitativement encore, la grande majorité des ‘hommes quelconques’ sont des hommes occupant des fonctions réellement et symboliquement violentes (des soldats, des terroristes, des généraux, des guérillas, des forces armées, etc), ou des hommes avec des fonctions ou positions sociales élevées (diplomates, conseillers gouvernementaux, PDG, directeurs); alors que pour les femmes, il s’agit en plus grande partie de chanteuses, d’actrices (reconnues avant tout pour leur physique), ou de femmes occupant des fonctions beaucoup moins élevées. Pour finir, j’ai compté 27 noms de femmes associés à des termes péjoratifs, du type ‘potiche’, ou décrites avec des termes ou dans un contexte beaucoup moins flatteurs que leurs homologues masculins.
Qu’en conclure, hormis que Le Monde est sexiste? Premièrement, la violence (masculine) est glorifiée. Visiblement, une nouvelle qui rapporte et qui intéresse pour Le Monde c’est surtout là où il y a du sang, de la guerre, des otages, des attaques, des petits soldats qui se tapent dessus et des chefs d’état qui traficotent des stratégies de défense. Deuxièmement, cette violence est normalisée, ou banalisée. Si l’article ne parle pas directement de conflit, il en utilise le langage, traitant la vie entière comme était faite de lutte de pouvoir, distinguant inlassablement entre dominant-dominé (en économie comme en politique on parlera de ‘défaite’, ‘d’attaque’, de ‘combat’, ‘victoire’, ‘crise’, ‘menace’ etc.). Pour finir, le ton du journal est genré jusqu’au bout des ongles: non seulement il est surpassé par le masculin en quantité, mais aussi en qualité: le langage, les faits relatés, les personnes, organisations et institutions décrits sont déterminées par des expériences et des normes typiquement masculines (pouvoir, capitalisme, guerre, confrontation), à l’inverse d’expériences ou de perspectives de femmes, totalement sous-représentées.
Pas étonnant que le monde soit aussi déprimant à lire. Mais mieux vaut en être averti. Pour égayer les esprits, le prochain article pondra une solution magique au patriarcat langagier: réformer la langue! C’est simple, c’est amusant, et y’a plein de possibilités.
Hugs,
AGinva
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