Acquis quoi?


On parle d’acquis, d’acquis… Mais qu’est-ce qu’on a acquis, au juste? (Voir ici pour un article intéressant par Christine Delphy). Le lien de la BD se trouve ici

Je crois qu’on a acquis seulement l’illusion d’avoir acquis quoi que ce soit. Qu’on a grandement capitulé, qu’on nous a endormies, qu’on a confondu assimilation mal vécue au modèle dominant patriarcal, avec émancipation du modèle patriarcal et des relations dominant-dominé. Les quelques victoires écrites sur papier (droit de vote, droit de ceci et cela) servent maintenant de miroir aux alouettes, de façade scintillante attrape-migots brandie criardement par les omnipuissants et masquant la misère aux touristes. En réalité, la culture n’a pas changé. Les lois sont le résultat de mouvements volontaristes qui ont eu la force et le pouvoir d’atteindre certains pointillés de la machine étatique; mais ces lois sont un miaulement de chaton au milieu d’un souk cacaphonique, un « swoush » en sourdine en plein désert galactique.
C’est dire, j’ai bien l’impression que les lois sont là pour endormir, tranquilliser nos esprits: « bon, on leur fait une petite loi, là, puis elles se tairont ». Ce sont des « placebo », des belles boîtes mais avec rien dedans. La culture est et reste pertinemment là, partout, tous les jours, omniprésente. Le sexisme surgit sans cesse sous de nouvelles guises, sous la forme d’un article, d’une pub, d’un collègue, d’un patron, d’une injure, d’une agression, d’un film, d’une chanson, d’une loi, d’un tout quotidien et violent. Certaines virgules du cadre ont voulu changer de cap, d’autres ont montré de bonnes intentions, et beaucoup sans doute comprennent; mais sans le soutien du pouvoir, ni celui de la société, de l’économie, des médias, qui résolument choisirent le camp de l’antiféminisme, ces virgules resteront des jambes pendantes et muettes, battant seules et frêles contre le vent houleux.
Or, la société, c’est nous tou-te-s. Qu’attendons nous de gérontocrates patriarches et aristo-oligarques? Quand bien même il ne sont pas méchants, ils sont au mieux trop imbus de leur privilège monarchique pour décroutailler les structures, éternuer la poussière, péter la carcasse: peut-être même impuissants face à l’enivrement du pouvoir, ou fatalistes cyniques (ne parlons pas des pires cas) – qui sait? Le truc, c’est qu’on s’en fout. On n’a pas besoin d’eux. On les connaît pas, et on n’a rien à gagner à les connaître. La société, elle se fait autour de nous, pas autour d’eux. Eux, ils ont leur propre monde, avec leurs propres besoins et leurs propres codes à mille feuilles de ce que vivent l’immense majorité des clampins comme nous. Ils ne nous ont jamais représenté, et prétendent à peine le faire. On les voit parfois gesticuler à la télé. On n’a qu’à les laisser, qu’ils aillent se brosser et s’auto-représenter!
En attendant, chacun de nous on peut se titiller les lobes et se chauffer la moelle. Celui et celle qui ne fait rien et qui se tait est complice du sexisme, du racisme, de l’oppression, laissant les comportements injustes se reproduire à l’infini, coulant à flots et déversant son lot de gerbe sociale. Nous, chacun à notre niveau microscopique, pouvons nous changer nous-mêmes ou réveiller les neurones autour de nous, nos frères, soeurs, mères, pères, ami-es, conjoint-e-s, collègues, cousin-e-s, oncles, tantes, connaissances, inconnu-e-s, camarades, prof-e-s, etc. Même si ce n’est que nous que ça concerne, et ben en tant que membre de la société des humains, notre attitude ricochera inévitablement sur celle de notre entourage, parfois quasi imperceptible. On aura refusé de subir le sexisme et on aura décidé de le confronter et de le comprendre.
Bon, plus pour une prochaine fois.
Bonne nuit,
A. Ginva
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