Défendre les vieux, oui. Mais les femmes, non


Ces affiches, avec cette vidéo « restons frais », sont la nouvelle campagne publicitaire de virgin radio. Connues parce que le maire de Clichy a retiré toutes les affiches de sa ville, jugeant le message dégradant pour les personnes âgées (regardez ici, ici, ici, ici pour l’histoire – et tapez « maire de clichy pub virgin radio ne vieillissez pas trop vite » – pour vous apercevoir de l’ampleur de l’affaire). Le monde mag du 2 oct 2010 (porte-parole du patriarcat sarkozyen) y a même consacré un article p.12:

« Plus grotesque que sinistre, la farce n’a pas du tout plu à Gilles Catoire, le maire socialiste de Clichy-la-Garenne. Dans cette ville des Hauts-de-Seine où 13% des habitants ont plus de 60 ans, il a fallu retirer toutes les affiches, jugeant cette campagne « agressive et dévalorisante » pour les personnes âgées ».

L’auteure y dénonce ouvertement « le mythe de l’éternelle jeunesse » savamment entretenu par les publicités, industries cosmétiques et magazines féminins. Il y a même une expo « Vieux » qui a été mise en place à la cité des sciences et de l’industrie à Paris, en contestation à la vieillophobie et pour « humaniser ce mot « vieux » devenu imprononçable ».

Soit, c’est cool. Je défends à 100% la nécessité de questionner notre société âgiste et pédophile qui réifie la jeunesse, l’immaturité et la prépuberté au statut de valeur absolue. C’est bien une caractéristique de notre stupidité civilisationnelle occidentale de croire qu’il est possible d’échapper au cyclisme naturel naissance-mort. Et c’est tant mieux que les gens râlent, et que ça marche. Mais, MAIS! si c’est aussi facile que ça que de retirer des affiches dégradantes, alors bon dieu de bon dieu, pourquoi est-ce que personne le fait pour les affiches sexistes?????
Bizarrement, lorsqu’on critique les effets négatifs et l’oppression que génère les affiches dégradantes pour les femmes, qui sont pourtant omniprésentes et ayant des effets désastreux, personne ne comprend. Ca fait office de pet de mouche, mais rien ne bouge, le monde regarde ailleurs en toussotant nerveusement. Au pire, on se ferait insulter de féministe (qui est d’ailleurs aussi absurde que d’insulter une personne de « tolérante ». Et toi, sale tolérante! Tu devrais avoir honte!).
Si le lien entre affiche dégradante et discrimination est clair et compréhensible pour les vieux, toute tentative de retirer des affiches sexistes en revanche serait jugée suspecte, subversive et castratrice. Les anti-féministes et patriarco-paternalistes ne manqueraient pas de surgir sous toutes ses guises et auspices, contestant une pruderie frigide et moquant la futilité du geste. On affirmerait que toutes les femmes sont libres de choisir, qu’elles n’ont qu’à pas regarder les affiches, ha!. On revendiquerait un « droit à la féminité », et les enleveuses d’affiches seraient marquées au fer rouge, forcément gouines poilues, bûcheronnes et casseuses d’ambiance (là encore surgit la ridiculité de l’insulte – toutes les femmes sont bien poilues, l’homosexualité est normale et où est le mal à être bûcheronne?).
Tout comme je salue, d’ailleurs, la réponse massive et rapide à l’homophobie affichée du groupe de rap Sexion d’Assaut; presse scandalisée, concerts annulés, contrats rompus, carrière musicale anéantie. Mais si on comptait le nombre de pubs, films, articles de presse, clips, chansons, affiches (et j’en passe) sexistes, on n’aurait même plus le temps de faire caca. La quantité de gerbe sexiste que l’on accumule quotidiennement est incalculable, inquantifiable. Mais tout le monde semble s’en accommoder.
Sur ce, je sollicite donc tou-te-s les maires de toutes les villes à prendre leur responsabilité citoyenne en main pour retirer les affiches pouvant nuire à la santé mentale des femmes et renforçant des stéréotypes genrés nuisibles:
celles qui montrent les femmes comme objet sexuel consommable, inversant l’objet de vente par une femme nue ou sexifiée (la femme devient l’objet de vente);
celles qui incitent les femmes à se voir comme objet sexuel consommable;
celles qui incitent explicitement ou implicitement les femmes à haïr leur corps (incitation au régime, à l’épilation, au maquillage, et incitation à ressembler à une femme anaturelle, refaite, photoshopée, maquillée, prépubère anorexique et pornifiée);
celles qui montrent les femmes dans une position de soumission, sous la possession du regard et de la sexualité masculine (positions/attitudes orgasmiques du style « baise-moi » ou « je suis en train de me faire troncher »).
celles qui montrent les femmes/hommes dans des rôles de genre stéréotypées (du style: femme à la maison/à la cuisine/au linge/avec enfants/entièrement soumise à la tâche de la beauté; hommes au travail/dehors/faisant des activités créatives et intéressantes/hommes super-héros/hommes dominants&forts/hommes prédateurs et chasseurs de femmes).
etc, etc.
Bon, ben y’a du boulot! Allez, hop hop, à la tâche, houst, du balai! yar yar!
A. Ginva
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