Mais où sont passés les poils féminins?


Vous déballerez-vous en publiquement débardeur avec une touffe de poils sous les bras?

Oseriez-vous faire l’amour pour une première fois, tous poils au naturel?

Auriez-vous un sentiment de honte à montrer vos poils aux jambes, cuisses, maillot, aisselles, ventre, menton, tétons ou sur le visage dans un lieu public, au travail, ou devant votre petit-e ami-e ?

Ressentiriez-vous un sentiment de dégoût voire de désespérance à voir vos poils noirs, luisants, insolents, même lorsque vous êtes tout-e seul-e chez vous?

Combien de temps pensez-vous à vos poils par jour, ou par semaine? Est-ce en termes négatifs ou positifs?

Combien d’argent avez-vous gaspillé – eu.. dépensé pour l’épilation?

Vous-êtes vous déjà infligé-e de la douleur pour retirer vos poils?

Avez-vous déjà décliné la piscine par flemme de vous épiler le corps ENTIER?

Auriez-vous, pendant une nano fraction de seconde, une pensée d’effroi à arborer vos jambes publiquement, en short, tous poils accrochés?

Vous êtes-vous déjà senti obligé-e de mettre un pantalon au lieu d’un short, même en été, pris-e en proie par la honte de dévoiler vos jambes poilues?

Il est évident, à l’heure qu’il est, qu’hommes et femmes auraient répondu de manière toute différente à ces questions. Là-dedans, quel est le pourcentage de femmes dans la population qui détestent leurs poils ? (et leur ventre, leurs fesses, leur peau, leurs cheveux, etc). Tout ça pour parce qu’on a peur, qu’on a la hantise même, de déroger au commandement du bon usage du corps féminin qui dicte qu’en tant qu’objet de décorativité publique, la femme doit satisfaire au regard (masculin : pour comprendre ce qu’est le « male gaze », cliquez ici et ici).

On a tellement assimilé le modèle de la femme pornifiée comme objet sexuel interchangeable ou comme commodité sexuel utile pour vendre d’autres commodités – ces images sont tellement omniprésentes, on a tellement appris rien d’autre comme modèle de femme, qu’on n’ose même plus se rendre visibles publiquement autrement que par cette définition réductrice et dégradante de la féminité. Rares aujourd’hui les femmes osant se montrer criantes au naturel, telles qu’elles sont, avec leur corps, sans l’avoir astiqué, haché, déformé, torturé, moulé, épilé, voilé, masqué, maquillé, brushé, vernillé, talonné, corseté, slim jeanisé, et j’en passe.

La société n’aime pas les femmes naturelles, et surtout pas les femmes indépendantes qui assument leur corps et leur désir, car cela voudrait dire qu’on ne pourrait plus les prendre et les jeter comme on mange un steak. Elles s’estimeraient, elles affirmeraient leurs limites physiques et morales, elles ne se laisseraient pas violer par les micro-violences quotidiennes que sont la haine du corps féminin. Cela voudrait dire que leur identité ne serait plus réduite à leur sexualité, qu’elles refuseraient de laisser leur corps être piétiné par le contrôle patriarcal, qu’elles en auraient rien à foutre d’être décoratives et qu’elles se valoriseraient autrement que par leur titillement pour le sexe masculin.

Les hommes, malgré le fait évident d’être opprimés par le patriarcat et l’obligation de masculinité, bénéficient néanmoins, en tant que classe sexuelle privilégiée par le patriarcat, de milliers de libertés dont la plupart des femmes n’oseraient, je pense, même pas imaginer : celle de pouvoir se masturber sans tabou ; de pouvoir s’adonner à la promiscuité sans avoir à craindre le stigmate de « salope » ; de pouvoir plaire seulement pour avoir été drôle, charismatique, intelligent et charmant ; de marcher dans la rue sans se sentir cerné par les affiches lancinant sans relâche leur inconformité irrémédiable aux standards de pornification et leur statut de sous-serviteurs sexuels ; de voir toute la société tournant autour de ses intérêts, de son corps et ses normes ; de pouvoir s’habiller avec des vêtements amples, confortables et indépendantes de toute considération esthétique tout en ne remettant pas en question leur attractivité ; de pouvoir être crédible même en étant médiocre… La liste peut aller loin mais j’arrête là. Mais quand on a le vent dans le dos, on ne le sent pas. C’est seulement lorsqu’on a le vent en face qu’on s’en rend compte.

Et bien moi, je vous dis, à chaque fois qu’un homme, en toute insouciance étale ses poils à ma vue, c’est comme une dague qui me transperce le coeur. C’est comme un refrain insolent qui me tourmente, chantant « lalallaa, niarkniarniar, moi jpeux montrer mes poils en toute liberté de conscience et pas tooa euu ». Mais commet ais-je pu en arriver là, à être conditionnée, emprisonnée à tel point par la haine de mes poils que lorsqu’il s’agit de me montrer en short ou maillot, c’est une torture cérébrale ? Pour ne pas capituler encore à l’épilation douloureuse et sans fin je préfère éviter la piscine, je ne mets plus autre chose que des pantalons en attendant que je surmonte pour une fois et pour toutes mes complexes. Oui, le monopole du port libre du poil en public est profondément injuste. Mais voilà où j’en suis, et j’ai honte de cette honte !

Inciter à se considérer hors-norme, moche et objet sexuel, c’est une infraction au droit humain le plus fondamental à aimer son corps dans toute son intégrité et à être respectée comme telle. C’est une exhortation à s’infliger de la violence contre soi. La société banalise la haine des corps des femmes adultes naturels au point de le promouvoir comme un mode de fonctionnement de féminité normal et quotidien. Pas une journée ne passe sans voir de messages haineux encourageant au régime, à l’éradication des poils, au blanchissement de peau, au lissage des cheveux, au corsetage dans des jeans « slims », aux injonctions de ressembler à une femme-objet, blanche, blonde, prépubère anorexique, refaite, rendue interchangeable, soumise et retirée de sa personnalité. Même (et surtout) les mannequins qui posent pour ces affiches sont aliénées par cette exploitation.

La seule raison pourquoi ce modèle féminin est promu est parce qu’il génère un profit IMMENSE. Ceux qui en profitent n’en ont rien à foutre de notre bonheur ou malheur. Ils veulent notre fric, et notre cul qu’ils pourront baiser à foison.

Alors, commençons par le commencement : le premier geste politique que nous pourrions toutes faire en tant que femmes est d’aimer notre corps inconditionnellement. Il n’y rien qui ne fera plus chier les patriarches. Arrêtons ce massacre, cessons de nous automutiler.

Le jour où les pratiques « féminines » seront légitimes

-est le jour où les hommes pourront en faire autant et que ce sera considéré normal

-qu’elles n’impliquent plus aucune douleur, de soumission à l’autre, de déshumanisation ou de dévalorisation de soi

-et surtout qu’elles ne soient plus promues comme modèle de beauté unique et universel mais pour ce qu’elles sont : un travestissement.

En gros, abolissons le genre ! La féminité ne doit plus être une obligation exclusive aux femmes, et la masculinité ne doit plus être une exigence pour uniquement pour les hommes. Finalement, tout ce qui trait à la domination ou à la soumission chez l’un ou l’autre devra être aboli.

A bientôt,

A. Ginva

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7 commentaires pour Mais où sont passés les poils féminins?

  1. Anonymous dit :

    Au poil, cet article !

  2. Anonymous dit :

    C'est tout à fait vrai, mais j'ai l'impression que le marché juteux s'étend aux poils masculins et que le diktat du glabre s'étend aussi à eux. Dans une moindre mesure et sans la même pression c'est sur.
    Sinon je trouve les questions d'entête intéressantes, ne serait ce que pour faire un point avec soi même, s'interroger quoi…
    Mes poils, je les enlève rarement -et j'ai parfaitement conscience que c'est pour avoir la paix au yeux des regards des autres, car si ça ne tenait qu'à moi, je les laisserais, tout le temps. (Assumerais je mieux s'ils étaient clairs au lieu de noirs et longs ?)
    En général les partenaires que j'ai eu savaient que je garde mes poils, je n'épile pas, jamais le pubis, desfois jambes et aisselles, mais comme je l'ai dit, sans conviction.
    J'ai eu des réflexions deux-trois fois (ça montre le niveau, hein).

    Les poils sont des éléments nécessaires et naturels de nos corps et la traque que la société leur fait est vraiment désespérante, c'est clair.
    Personnellement mes poils ne me dégoutent pas, je les accepte bien, mais comme beaucoup je crois, je n'assume pas assez auprès des autres – inconnus j'entends.

  3. A. Ginva dit :

    Erk! Je viens de relire l'article, j'ai pas mal évolué dans mes positions et il y a certains points sur lesquels je ne suis pas d'accord aujourd'hui.
    D'abord et le plus important, les hommes ne sont absolument pas opprimés par le patriarcat. La domination implique un certain prix, mais ils ne sont pas opprimés de par leur sexe puisqu'ils ne sont pas visés en tant qu'hommes par le viol, le coït et l'obligation à l'hétérosexualité et l'esclavage domestique, et surtout ils ne peuvent subir de grossesses forcées.

    Ensuite, la féminité doit être abolie entièrement. C'est simplement la partie pratique de la subordination aux hommes, imposée par la terreur, la violence, les violences sexuelles, les harcèlements et des décennies de dressage.

    L'obligation de retirer les poils est un des nombreux instruments d'humiliation infligés aux dominées par les dominants, d'occupation de leur corps, de leur esprit et de leur temps, et une façon aussi de les marquer publiquement comme « sexe » – c'est à dire comme classe sexuelle possédée par les hommes et disponible à l'utilisation – comme les tatouages pour marquer le bétail.
    L'épilation est en temps normal une technique de torture et d'humiliation de prisonniers de guerre. Il l'est aussi pour les femmes, contre qui les hommes mènent une guerre sans relâche.

  4. Anonymous dit :

    Bonjour,

    J'ai trouvé cet article très intéressant et il parle d'un sujet à l'apparence banale mais dont le fond aide à cerner une problématique bien plus vaste qu'une simple histoire de pilosité.

    Je suis féministe moi aussi, jusqu'au bout des ongles, en pleine lutte pour que l'égalité parfaite de droit soit instaurée entre hommes et femmes. Je me bats par ailleurs aussi contre notre société de consommation et d'apparences, entre autres. Le tout, profondément lié à un esprit, que je veux le plus libre, ouvert et critique que possible, la vérité étant l'un de mes maîtres mots.

    Cet article contient beaucoup de vérités, cependant, je trouve que le simple combat des genres hommes-femmes est aujourd'hui dépassé. Dépassé, dans le sens où cette vision manichéenne détachée de toute autre réalité sociétale est simplificatrice, incomplète et ne suffit plus.

    Il est vrai que le combat des femmes ne fait que commencer, que bien des droit doivent être encore acquis, et que ceux qui le sont déjà doivent être en permanence défendus. Je suis d'accord, tout comme toi, que, dans notre société phalo-centrée, l'image véhiculée de la femme est trop souvent celle d'une femme-objet « pornifiée » , comme tu le dis si bien, et que nous sommes confrontées à tout un tas de pressions sociales liée ce supposé rôle que l'on nous attribue dès la naissance.

    Néanmoins, nous ne devons pas nous positionner en guerre contre les hommes mais bien avec ceux-ci contre l'oppression des préjugés, de l'éducation et de notre culture tendant à nous cantonner dans des fonctions de genre prédéfinies et se transmettant de génération en génération. De plus, même si c'est dans une moindre mesure, les hommes font eux aussi l'objet de pressions sociales liées à leur virilité obligatoire et à leur apparence. C'est en ce point que je trouve l'article incomplet et trop centré sur les femmes en oubliant que la progression de l'importance du paraître concerne en fait les deux sexes quelle qu'en soit sa mesure. Je ne nie donc en aucun cas la situation plus alarmante des femmes.

    Je ne suis en outre pas d'accord non plus quant à la « déféminisation ». C'est pour moi une position féministe radicale qui, si je ne m'abuse, en simplifiant, voudrait que les hommes et les femmes se confondent et que notre société s'androgynise. La différence fait partie de ce monde. Elle est une richesse incroyable et on ne peut, selon moi, lutter contre. En effet, je ne voudrais pas que l'on abolisse les genres car je suis une femme, et j'en suis fière. Le monde serait triste si nous étions, au niveau du genre, comme les escargot : hermaphrodites, et au niveau de l'apparence : des clones en tous points semblables. Chacun de nous devrait être fier de ce qu'il est quel que soit son genre, son apparence, son origine, etc.

    En tant que femme, même si c'est dur à admettre, il me faut reconnaître que je n'ai pas la force physique d'un homme moyen. Je n'ai pas pour but d'énumérer les différences biologiques qui nous séparent (ou nous rassemblent) entre hommes et femmes, surtout que de nombreuses sont des mythes sexistes, mais il y en a, c'est un fait indéniable. Ce fait n'est pourtant pas négatif dans l'absolu. Là ou cela le devient, c'est lorsque des différence biologique liées au genre sont utilisées pour légitimer une sorte de « loi du plus fort » détournée, et prétendre à la supériorité absolue d'un genre sur un autre ( au même titre qu'Hitler par son eugénisme prétendait à la supériorité d'une « race » sur une autre). Le plus fort n'est pour moi en rien supérieur au plus faible, la seule différence est qu'il aura pour moi une plus grande responsabilité.
    (2ème partie dans un autre message)

  5. « Et bien moi, je vous dis, à chaque fois qu’un homme, en toute insouciance étale ses poils à ma vue, c’est comme une dague qui me transperce le coeur. C’est comme un refrain insolent qui me tourmente, chantant « lalallaa, niarkniarniar, moi jpeux montrer mes poils en toute liberté de conscience et pas tooa euu ».  » Oh mon Dieu, je ressens exactement la même chose !!! Je trouve ça tellement injuste quand un homme montre ses poils en toute insouciance et que moi je ne peux pas ! Arghhh !!

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