Le retour de la pseudo-science: comment justifier la suprématie testostéronienne

La psychologie évolutive est une pseudo-science qui repose sur l’assomption que tous les comportements ayant trait au patriarcat trouvent leur origine dans la nature – soit dans la biologie, soit dans un mécanisme inné de survivance reproductive de l’espèce humaine pouvant se retracer jusqu’à l’âge des cromagnons. Effectivement, il n’y a rien de plus efficace pour maintenir l’oppression et étouffer toute critique en proclamant que celle-ci est ancrée dans les gènes et dans la nature.
La psychologie évolutive est dirigée par des abrutis passionnément investis à maintenir en place le patriarcat, et à prouver que tous les comportements humains innés se trouvent être – comme par hasard – les mêmes que ceux des sexistes, misogynes, patriarches, masculinistes, théocrates, antiavortements, pornographistes, masochistes, racistes, militaires, capitalistes, exploitateurs, agresseurs sexuels, violents abusifs, connards brutaux et trolls des cavernes.
Mais, la réalité est toute autre, et comme le dirait Twister faster:

Sadly, the world order is actually the result of something way more sinister: the completely arbitrary social construct of the culture of domination and submission.

M’enfin, quoi de plus esclaffant que d’abuser de la religiosité légitime de la science pour conserver bien au frais les mythes biologisants affirmant que l’ordre mondial actuel est en fait le fruit d’interactions hasardeuses entre les hormones, que les hommes sont donc génétiquement désignés au privilège, et qu’ils ne peuvent s’empêcher, les pauvres, de dominer et d’opprimer le monde. Ah, que c’est triste. Tant pis pour nous, qui croyions naïvement que nous pouvions putréfier le patriarcat, car en fait il est génétiquement encodé!
Récemment, rue 89 a décidé, pour une raison qui m’échappe, de parader de beaux spécimens enpsychologie et économie comportementale, disciplines élues par la mégatheocorporatie patriarcale comme autorité éminemment sacrée pour renforcer le statu quo. Le prétexte utilisé dans cet article pour naturaliser la suprématie hétérosexiste (blanche et capitaliste) masculine: la testostérone, bien-sûr! Yaddaaa!
Ces études, dont les origines et les méthodologies nous sont mystérieusement et curieusement cachées (car probablement écrites par des étudiants boutonneux, prépubères et aigris, dans le sous-sol de la maison de leurs parents, avec des méthodes de niveau préscolaire), annoncent que, surprise, la testostérone est à la source de la domination masculine.
Analysons un peu leurs prémisses pipi:
Si, selon le point number wan, les hommes choisissent des carrières de traders à la suite de leurs études de commerce, ce serait uniquement à cause des hormones qu’ils produisent dans leurs couilles. Evidemment, oublions la probabilité incroyable que des femmes choisissent aussi des carrières de traders. Mais oublions surtout que les traders sont simplement là parce qu’ils bénéficient d’un privilège non mérité en tant qu’élite sexuelle, sociale et économique de mâles blancs occidentaux, et que grâce à eux, leur pouvoir outrageusement démesuré et leurs prises de risques de gamins égoïstes et pourris-gâtés, la moitié du monde est en crise.
Passons. Nambère tou:
Un taux de testostérone élevé susciterait aussi l’envie de créer des entreprises, expliquerait les bénéfices crées dans la journée, le degré de « masculinité » du visage (j’attends une définition plus précise de ce trait – peut-être est-ce l’expression des hommes constipés ou en train de chier), ainsi que la propension à la brutalité et le niveau d’agression. Ben tiens, sortons les vieux clichés centenaires en les embuant vaguement d’une aura mystico-scientifique pour maintenir le club des gars et l’exclusion permanente des femmes des postes à responsabilité (non pas que ce soit une situation enviable d’être un capitalistico-destructor), maintenir les inégalités de salaire, l’idée que les femmes sont inaptes et inconstantes, moins productives, rapportent moins, etc moins, etc moins moins, blablabla moins, moins blabla et moins…
La preuve de choc de la supériorité productive masculine? Des hommes en prison qui sont gavés de testostérone en pilule par des chercheurs névrosés ont plus de probabilités de se venger s’ils perdent de l’argent, et à se défouler ensuite sur les gardiens de prison. Mouii. Clairement, des hommes asociaux enfermés et soumis à l’état de rats de laboratoire représentent une variable éminemment fiable. Et puis, des informations totalement hors de propos mais suffisamment scientifisantes pour être balancées dans le tas comme preuves supplémentaires éventuelles (sait-on jamais!); les hommes testostéronés ont des plus gros doigts, et les foetus-mâles dans l’utérus peuvent causer aux femmes d’avoir des poils. (Quelle horreur! Des femmes avec des poils! Aaarggghh)
Poursuivons: étant incapables d’expliquer la variabilité de l’incidence de la testostérone sur la compétitivité des hommes de différentes classes sociales (en gros, ils ont constaté, surprise surprise, que les hommes des classes opprimées usent de plus de violence que ceux des classes privilégiées), et plutôt que d’avouer que le désir de compétition n’a rien à voir avec la testostérone mais avec une logique sociale de domination, ils concluent obstinément que la testostérone ne doit donc affecter que les hommes de statut inférieur. Voici leur logique implacable:

Une recherche, menée auprès de 4 500 vétérans a montré qu’un lien entre le niveau de testostérone et leur délinquance était observé, mais seulement chez les hommes ayant un statut économique faible.

La recherche de compétition induite par la testostérone dans tous les groupes sociaux était fondamentalement satisfaite chez les personnes de haut statut, tandis que chez celles de bas statut, le recours à des actes délinquants pouvait servir à obtenir le respect dans certains contextes.

Immanquablement, arrive le comportement mâle le plus prisé parmi toutes les études pseudo-scientifiques: celui du chasseur-prédateur de femelles en rut. Rien ne tarit la persévérance des défenseurs du privilège masculin lorsqu’il s’agit de préserver le droit absolu des hommes de disposer et de forniquer à tout moment et à tout endroit les corps des femmes – même les sophismes les plus puants à allure scientifisante.
L’étude en question démontre que lorsqu’un homme testostéroné fait du skate (ourquoi pas hoola hoop??), celui-ci éprouve, lorsque confronté à la vue d’une passante se trouvant en conformité aux normes de baisabilité, une pulsion irrésistible de lui mater le cul. Soucieux d’être à la hauteur de son statut d’homme des cavernes et de mâle prédateur égocentré, il redouble alors d’agressivité pour perturber à tout prix la tranquillité indifférente de la passante, qui a daigné ne pas lever le sourcil et accourir à sa flatterie. Conclusion: les pauvres hommes, en proie à leurs hormones, ne peuvent faire autrement que d’agresser les femmes qui ont la témérité d’occuper l’espace public (et toutes les autres femmes, d’ailleurs).
Vers la fin de l’article, nous sentons l’exaspération montante des chercheurs. En fait, depuis le début, ils ne voulaient prouver qu’une chose: testostérone = domination masculine. Oui quoi. Merde à la fin.

Un niveau élevé de testostérone encourage les comportements visant à la domination d’autrui, incluant souvent le recours à des conduites agressives.

Les conclusions drastiques à tirer: Si nous prenions à la lettre les préconisations de l’article rue 89, l’issue logique serait
1. D’enfermer tous les êtres humains disposant de testicules productrices de testostérone en prison à vie, et ce, dès la naissance – ceux-ci, de par leur caractère asocial et dominateur, posant un risque permanent d’agression ou d’attaque envers les êtres humains dotés d’un degré plus élevé d’estrogènes.
2. Les êtres testostéronés ne seraient d’utilité que pour leur production de sperme, qui serait retirée en cas de nécessité et congelée au besoin.
Sur ce, à bientôt
A. Ginva
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