Disney: l’apprentissage du sexisme

En tant que fille, Disney a en partie contribué à construire ma vision de moi-même comme objet passif et accessoire pour homme, dépendant de la validation du regard masculin et vivant mon corps comme étant regardé. Disney, du point de vue d’une résidente de patatieland, représente une des cervelles matrices de la pourriture patriarcale.
Bizarrement, je n’ai appris à m’identifier aux rôles féminins que tardivement. Dans les débuts je m’identifiais, sans trop me poser de questions, aux rôles masculins (les princes charmants), car ceux-ci représentaient le plus souvent le sujet pensant et actif. Le regard-sujet est placé chez le spectateur-propriétaire masculin qui se titille à regarder le corps des femmes-objets, même lorsque le prince charming n’est pas le personnage principal, ou qu’il est absent. Les rôles féminins n’étaient donc, à mes yeux, que des rôles accessoires, l’altérité stupide, et au mieux vaguement exotiques. Je crois que j’avais de la pitié et du mépris pour les femmes représentées dans Disney: elles faisaient que des choses chiantes, elles étaient toujours enfermées quelque-part, elles étaient (presque) toujours faibles, vulnérables, timides, victimes de la fureur d’un père ou d’une méchante belle-mère, dans l’attente d’êtres sauvées, et avaient des corps hors proportions (ce qui finalement les sauvaient, ne trouvant leur bonheur qu’en tant qu’accessoire pour homme).
Ensuite, à mesure que je prenais conscience, à mon grand dam, de mon appartenance au genre féminin de par mon sexe féminin, et par conséquent au constat inévitable que j’appartenais à la même classe que ces rôles promus par Disney, les pressions et les conflits internes grandissaient: d’un côté, je n’avais aucunement perdu le regard de l’homme spectateur-propriétaire sur le corps des femmes, et de l’idée des femmes comme altérité. D’un autre côté, j’apprenais petit à petit qu’en tant que femme, je devais aspirer à atteindre et à mimer l’idéal (beurkant) absolu de féminité tel qu’il était promu par Disney.
Résultat: les corps et caractères des femmes de Disney étant essentiellement inhumains et à la limite de l’alien, cela ne pouvait que générer en moi un sentiment profond d’insuffisance – et par conséquent des complexes aigus chroniques. Longtemps, j’ai complexé de ne pas avoir des cheveux, une bouche, des seins, et une taille – TOUT – comme les femmes de Disney. Surtout les cheveux! Je VOULAIS des cheveux comme elles!
Comme si ça ne suffisait pas de m’auto-accaparer par l’auspice patriarcal de l’homme spectateur-propriétaire, et de me convaincre de ma défaillance totale tout en croyant que mon salut spirituel et existentiel ne pouvait être que dans la venue du grand mystérieux prince charming, j’avais en plus bien gardé dans mon inconscient le mépris du corps féminin et ma préférence pour l’action et l’aventure. Tout ça, ça faisait un paquet de contradictions, et ça ne m’a pas arrangé le lobe, vous savez. J’ai mis du temps à me débarrasser de l’idée du prince charmant, ouais ouais! (Et je ne parle pas des complexes). Il veillait en moi, subrepticement, sournoisement, quelque-part fourré dans le recoin poussiéreux de ma cervelle – j’espérais au fond de moi qu’un homme, beau, fort, musclé, plus grand que moi et vaillant, tomberait du plouc et viendrait à ma rencontre, et m’aimerait. Point. C’est tout.
Bon, d’accord, il n’y a pas que du Disney là-dedans, y’a aussi toute la société. Mais, n’empêche que ça a gravé mon imaginatoire féministoprout.
Voici des belles trouvailles:
A moi d’en faire un pareil pour les femmes, pour l’instant je n’ai trouvé que ceci (malheureusement je n’ai plus les références, mais corrections bienvenues!):

et ceci:
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2 commentaires pour Disney: l’apprentissage du sexisme

  1. Anonymous dit :

    Ah oui ! Je n'aimais que Pocahontas pour ma part, et encore je n'approuvais pas qu'elle tombe amoureuse du colon. Sans compter qu'au final, elle se marie, part en Angleterre, y sera malheureuse (dans le 2).

    Sinon j'aime beaucoup , Blanche Neige says it all ! :
    http://www.fallenprincesses.com/fallenprincesses.html
    Les photos valent le détour ! (Faut attendre l'intro et couper la musique)

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