La beauté, ou le masochisme au féminin – pratique culturelle de la soumission

Inspiré d’Andrea Dworkin (dessin original ici) le dessin ci-dessous assemble les différentes pratiques misogynes de « beauté » imposées aux femmes, ou ceux auxquelles les femmes  se soumettent sous la pression du patriarcat; un ensemble de pratiques culturelles occidentales que Sheila Jeffreys nomme « la corvée sexuelle » (dans Beauty and misogyny: harmful cultural practices in the west)


La corvée sexuelle, c’est toutes les tâches physiques et émotionnelles non payées qui incombent aux femmes du fait de leur statut sexuel inférieur, tâches qui bénéficient aux hommes et dont les hommes sont traditionnellement exempts en tant que classe dominante. Parmi ces corvées sexuelles, l’on y trouve classiquement les travaux ménagers, la reproduction et l’élevage des enfants, l’attention et le soin à autrui, la disponibilité sexuelle…


Je dirais aussi que c’est une forme de subordination émotionnelle et physique exigée des femmes à tout moment, une sorte d’expropriation mentale et corporelle permanente qui sert à les rendre publiquement disponibles à la colonisation sexuelle par les hommes, à évincer d’elles-mêmes tout sentiment de dignité et d’humanité et à les marquer au fer comme femelle de l’humanité (cf Claire Michard, Le sexe en linguistique).


Je crois que de voir toutes les altérations et mutilations corporelles requises des femmes ainsi listées et accumulées est impressionnant. Les exemples ci-dessous sont loin d’être exhaustives. 

Les pratiques occidentales de beauté ont un effet désastreux sur le corps, la santé et la vie des femmes. Ces pratiques sont misogynes car elles considèrent le corps naturel des femmes comme dégoûtant, déviant, déficient et dysfonctionnel – et surtout, comme destiné uniquement à l’utilisation sexuelle des hommes ou au regard masculin. Ce sont une incitation à la haine de soi et de notre corps. Nous vivons aujourd’hui dans une auto-haine continuelle. Cela draine notre temps, notre peu d’argent, notre énergie et notre estime de nous-mêmes. Mais aussi,

« Les standards de beauté prescrivent dans des termes précis la relation qu’une individue va avoir avec son corps. Ils prescrivent sa mobilité, sa spontanéité, sa posture, sa démarche, tout ce qu’elle va pouvoir faire avec son corps. Ils définissent de manière précise les dimensions de sa liberté physique ».

(Dworkin, 1974, p.112)

Aujourd’hui, ces pratiques ont remplacé le corset dans leur fonction de prison des femmes. Le patriarcat néolibéral, n’ayant plus la possibilité d’opprimer les femmes aussi explicitement qu’avant, doit désormais obtenir le même résultat sans en avoir l’air – alors il s’est arrangé pour situer la responsabilité de l’anéantissement des femmes chez les femmes individuelles elles-mêmes, en vendant les pratiques de féminité sous guise de libération sexuelle et d’empowerment. Plus besoin de corset, celui-ci est désormais mental. Le nombre d’adolescentes se privant de nourriture et reproduisant sur elles les codes de la prostitution a atteint aujourd’hui un seuil de catastrophe humanitaire. Mais bien évidemment, ce sont elles qui ne pensent qu’aux régimes, qui ne pensent qu’à consommer pour être consommées, qui s’enduisent de produits toxiques et s’handicapent avec leurs talons. 


La boucle est bouclée; les femmes, tout en étant accusées de leur propre masochisme, succombent à la novlangue néolibérale (propagande qui fait passer toute oppression pour son contraire), s’appauvrissent en engraissant les industries de la féminité – et pour finir, rejettent le féminisme comme obsolète, vulgaire et vieux jeu. 


S’aimer et aimer son corps en tant que femme devient alors un acte politique. 


En aimant notre corps, nous refusons la haine patriarcale des femmes et de leurs corps. Nous refusons de perpétuer cette haine contre nous-mêmes, nous cessons d’épuiser notre précieuse énergie à nous déprécier, sous-estimer, nous priver, nous faire violence. Nous refusons de servir et de cautionner la cause du patriarcat qui ne considère les femmes que comme des réceptacles. 


Bonne nuit,


A Ginva







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Un commentaire pour La beauté, ou le masochisme au féminin – pratique culturelle de la soumission

  1. Bushfire dit :

    Bonjour A Ginva,

    Ce commentaire n'a rien à faire avec ton blog mais je veux te demander si tu veux traduire I Blame the Patriarchy en français avec moi. Je ne veux pas le faire tout seul mais en équipe ça serait agréable. Envoie un email à veggie _ master @ hotmail.

    Bushfire

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