Gare au terme sex addict

Le sex addict est un faux-ami! 

Comme vous pouvez le constater, le web regorge d’articles qui mettent en garde contre les dangers addictifs de la pornographie. Même bitipédia en raffole! 














Mais ne vous laissez pas tromper par l’aspect pseudo-critique de ce terme, car ceux qui l’utilisent n’en ont rien à foutre des femmes. C’est une purulence 100% patriarcale, en ce qu’il: 

1.Considère que les victimes de la pornographie /prostitution ne sont pas les femmes qui sont violées / torturées (pour les besoins du film, ou par le client prostitueur ou conjoint qui exige des femmes de faire les mêmes choses qu’il a vu dans le dernier film porno) mais les hommes, devenus accro à la pornographie. Ce terme révèle que ce sont des hommes qui pestent car ils se rendent compte avec horreur que les industries pornographiques ne se soucient pas du tout du bien-être des précieux petits flocons de neige que sont les hommes; ils s’en foutent, tout ce qui les intéresse c’est l’argent. Homme se sent blessé dans son ego. Bouhou. 


2. En décrivant la consommation de la pornographie avec des termes médico-sexualo-pathologisants et d’un ton pseudo détaché, neutre et objectif (typique de « l’académence » patriarcale, comme le décrit Mary Daly), l’article légitime et valide ces pratiques sadiques envers les femmes tout en se couvrant d’une autorité scientifique sacrée. 

3. Évacue complètement le fait que ce sur quoi les hommes se masturbent et se « droguent » est avant tout une propagande de haine qui vise les femmes, qui vise à maintenir leur statut de subordonnées sexuelles aux hommes et à érotiser cette inégalité, que cette propagande pornographique est le mode d’emploi du viol, de la torture et de l’humiliation, et que cette « drogue » est aujourd’hui un des principaux outils patriarcaux modernes pour freiner la libération des femmes de la domination et de la violence des hommes.  

4. Considère que la pornographie est dommageable uniquement dans la mesure où l’usage en devient « abusif » ou « addictif »; et par conséquent, ne critique pas le fait en lui-même d’en consommer, ni la pornographie en tant que telle.

5. Ne paraît que dans des journaux ou médias mainstream/patriarcaux qui n’ont aucun agenda féministe – ce qui devrait toujours mener à la question « si ce point de vue est aussi populaire, en quoi est-ce inoffensif au patriarcat »?


6. Traite les consommateurs de porno comme des malades, ce qui les déresponsabilise complètement et maintient l’impunité des hommes qui choisissent de perpétuer des pratiques misogynes et destructives des femmes. Pratique non? Imaginez demander à votre copain d’arrêter de regarder de la porno, ce à quoi il pourrait répondre; « ouiiiin, mais je ne peux pas m’empêcher de regarder de la porno, je suis drogué, ce n’est pas de ma faute, j’en souffre tellement. Regarde, c’est même écrit dans tous ces magazines scientifiques. » [Il agite frénétiquement devant votre nez le dernier article sur les sex addicts] 


7. Promeut, pour finir, une solution individualiste (une aide « psy » – anonyme en plus! impunité totale garantie!) à un problème social (le patriarcat). Encore une façon de traiter ces criminels comme des pauvres victimes malades qui sooouuuffrent. 



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4 commentaires pour Gare au terme sex addict

  1. J'ai aussi entendu l'argument que ce terme remet la responsabilité sur les femmes: on ne peut plus condamner l'utilisation du porn de nos copains, nos maris, parce qu'ils sont « malades ». C'est maintenant à nous d'aider nos pauvres époux à surmonter cet obstacle terrible. Encore de travail émotionnel!

  2. A. Ginva dit :

    Bonjour : )
    Oui c'est une très bonne remarque! C'est une totale inversion de la responsabilité et de la culpabilité, et encore et toujours aux femmes de faire le (sale) travail de soin, de se sacrifier pour les hommes. C'est un peu les mêmes mécanismes que pour les violences conjugales on dirait:
    on commence de plus en plus à traiter les conjoints violents comme des hommes malades qu'il faudrait soigner, et plutôt que de les mettre en prison ou hors de la portée de la victime, dans certains endroits on leur offre des stages de citoyenneté et des groupes de parole. Déjà que les femmes se sentent suffisamment responsables et malgré ses violences, veulent le soigner car il a « souffert dans son enfance »…

  3. Bonjour 😀
    Oui, c'est vrai! Heureusement, le concept de « restorative justice » est de plus en plus critiqué quand il s'agit de la violence contre les femmes parce qu'il ne met pas la victime au centre. Les femmes qui travaille dans ce domaine doivent toujours se protègent contre des tas d'attaques…

  4. Bonjour,
    Je connais votre blog depuis peu par l'intermédiaire d'une amie. Après avoir lu cet article, je suis tombée sur le dernier article publié sur le blog « Si t'as des trompes de Fallope », et l'auteure fait allusion au concept d'addiction au sexe. J'ai donc posté un lien vers votre article en commentaire.

    Voici l'article en question :

    Du « matériel » ou l'actualité de la femme objet
    http://sitasdestrompesdefallope.wordpress.com/2012/04/01/du-materiel-ou-lactualite-de-la-femme-objet/

    À bientôt et au plaisir de vous lire !
    Camille.

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