Pornoland poursuit sa conquête: dansez votre pénétration, les filles!

L’autre jour j’ai découvert une nouvelle horreur (eu, dance) qui s’appelle « grind dancing » ou « freak dancing« : Nouvelle (ou peut-être pas si nouvelle) addition dans la conquête sans fin de la pornification de nos vies, tentatives toujours plus ouvertement virulentes et désespérées de nous réduire à des vagins, fesses et utérus sur pattes. 


Si j’ai décidé d’en faire un post, c’est parce je crois qu’il est important d’être au courant de la gravité des pratiques auxquelles doivent se soumettre les jeunes filles d’aujourd’hui pour être « in ». 


Fini la fixation sur les seins, la salsa, le tango ou le zouk comme célébration ritualo-dansante de l’appropriation du corps des femmes par les hommes; c’est tellement vieux-jeu, passé et ringard! Maintenant, place à la fixation sur les orifices anaux et vaginaux. Et pas seulement avec les yeux, mais en imitant bien les positions de viol, d’humiliation et de torture dans la pornographie bien-sûr! C’est tellement plus sexy et fun. Les sorties de nuit étant déjà basées sur le modèle des clubs de strip-tease, où les femmes sont des objets dansants que les hommes essaient de « choper » (agresser), ces derniers ont réussi à les transformer en un vaste scénario porno (seul diffère la présence de quelques bouts de tissu), où les femmes ne sont littéralement plus que des fesses ambulantes qui, la tête en bas viennent greffer leurs fesses sur les pénis des hommes pour qu’ils puissent s’y frotter en imitant la pénétration. C’est à vomir.


Dans les vidéos: comme pour tout matériel pornographique, la caméra est positionnée du point de vue de la bite du mec, pointée comme une arme sur les fesses des femmes dont on ne voit pas le visage, puisque leurs têtes sont baissées au niveau des pieds pendant que leurs fesses et jambes restent à hauteur du sexe des hommes. C’est la position par défaut du pénis qui pénètre (viole) le sexe ou l’anus des femmes dans la pornographie. 


Ce qui est inquiétant, c’est que la danse (stratégie d’humiliation des femmes en public) a l’air assez populaire dans beaucoup de pays (notamment l’Angleterre, les Etats-Unis, Caraïbes et Amérique Latine…) Voici des exemples de ce que j’ai pu trouver. Attention, c’est super violent. 


h**p://www.youtube.com/watch?v=opJQMT_UtAQ&feature=related

h**p://www.youtube.com/watch?v=6DBQJ7ktES4&feature=related
h**p://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&NR=1&v=V437ciEBDNQ
h**p://www.youtube.com/watch?v=JW2WH0uKnhA&feature=related

Ce que je comprends de l’origine de cette danse:

Il me semble que cette dance viendrait directement de la « pimp culture » (culture proxénète) du (gangsta)rap, hip hop et RnB afro-américain, style qui a été largement commercialisé et promu par les grandes industries de distribution musicales américaines dirigées par des hommes blancs. En fait, ce style de musique/danse est une récupération néolibérale de ce qui à la base aurait été lié à la libération des hommes afro-descendants aux Etats-unis, qui à travers leur rap chantaient leurs revendications politiques. (Ca c’est ce que j’en sais, corrigez-moi si j’ai tort).

Donc à un moment, les maisons de distrib ont fait en sorte d’imposer des clips qui donnaient une image stéréotypiquement raciste et la plus misogyne possible des afro-américain-e-s, et qui célébraient le capitalisme, l’argent, l’alcool, la culture du crime (gangster), les voitures, la pornographie et le proxénétisme: ça a donné le rap « pimp’n ho » (mac et pute) ou le rap gangsta (qui a d’ailleurs ensuite inspiré Eminem). Voici un exemple typique avec Snoop Dogg, un salopard porno-proxénète pur jus h**p://www.youtube.com/watch?v=UDApZhXTpH8 (50 cent pimp). Ce style d’habillement, de comportement, de langage, danse, musique (etc) figure parmi les cultures dominantes des jeunes aujourd’hui. 

Les pornographes ont aussi joué un rôle majeur dans la promotion d’images pornographiques dans les clips, au point que parfois, les clips ne sont dissociables des vidéos porno que par la présence de musique, de chorégraphie et quelques habits cachant les parties génitales des femmes. 

Donc pour les capitalistes de la « musique », c’est du win-win: promotion d’un capitalisme basé sur le proxénétisme et la pornographie, récupération de la révolte des hommes noirs face aux hommes blancs, maintenance du racisme à travers la promotion du mythe de l’homme afro-américain criminel; maintenance de la haine raciste et misogyne envers les femmes afro-descendantes en les montrant comme des bêtes de sexe, sales, avec une sexualité animale, encore plus vulgaires et salopes; promotion générale de de l’idéologie que toutes les femmes sont des salopes et qu’être un homme c’est être porno-proxo-prostitueur. 

La vidéo « monster » de Kanye West gagne la médaille pour sa morbidité misogyne, nécrophile, et la glorification du viol et de la torture. Je ne mets pas de lien à cette vidéo, vous vous en porterez d’autant mieux. En revanche il y a cette critique plutôt cool de feminist frequency: « Kanye west’s monster misogyny« 

Un peu de langage: pourquoi « grind dancing » ou « freak dancing »? Je suis allée faire un tour dans urbandictionary.com, pour constater, non sans surprise, l’effrayante misogynie de ces termes, et à quel point ils reflètent des pratiques de violence, de haine et d’humiliation envers les femmes. 

To freak out= 1.littéralement, avoir peur. A freak = un plouc, un ringard, mec bizarre – par exemple « le plouc de la classe ». 
2.Freak version femme? = une femme qui paraît d’abord innocente mais qui en fait est super « chaude » et va coucher avec le mec tout de suite et faire plein de trucs « kinky » ou « bizarre » (freaky).
3. To freak/freak = synonyme de fuck/to f*** = to have sex. They’re freaking = they’re f-ing / do you want to freak tonight?
Freak dancing = f*** dancing = imiter le coït en dansant. 

To grind = littéralement, moudre, broyer, polir, aiguiser, écraser avec des mouvements rotatifs,. Daily grind = boulot chiant, train train monotone. 
Grind dancing refère au fait qu’une femme frotte ses fesses ou son sexe contre le pénis de l’homme pour qu’il ait une érection / parfois jusqu’à ce qu’il éjacule (c’est le cas du lapdancing, pratique proche du striptease, mais beaucoup plus violente car la femme dans directement sur les genoux/sexe des hommes assis, jusqu’à ce que ceux-ci éjaculent). Grind dancing fait clairement référence à une pratique prostitutionnelle, et les hommes n’hésitent pas à insulter les femmes qui le dansent de « ho » ou « slut » ou « bitch » (tous des équivalents de salope / pute). 

Dans mes recherches sur le grind dancing, j’ai même trouvé un tutoriel sur le « boner etiquette »  (Boner etiquette = les bonnes manières de l’érection, c’est à dire quand il est approprié ou non de bander lorsqu’il frotte son pénis contre les fesses de la femme… Je n’imagine pas le traumatisme pour les femmes. « A slang term for an erect penis due to sexual stimulation. It is called so because the penis resembles a bone. » )



Je pense avec horreur à toutes les jeunes filles pour qui se plier à ces quasi-viols scénarisés est désormais obligatoire (ou du moins fortement encouragé) pour « plaire aux gars » et « s’amuser en soirée ». Pour les filles qui ne s’y plient pas, la normalisation de cette danse prostitutionnelle ne peut que les rendre davantage vulnérables au viol et aux agressions sexuelles, puisque ce sera ce que les hommes attendront d’elles, et n’hésiteront pas à agir en conséquence. La différence entre ce que les hommes soumettent aux femmes dans la pornographie et les interactions de « séduction » dans la réalité s’amincit de jour en jour: le durcissement du dressage des adolescentes au viol ne semble pas connaître de limites. 


Pour détendre l’atmosphère, j’ai dégotté ce super commentaire de luckynkl dans l’article « public porn usurs, thy name is entitlement« . Mini tradu: « Les hommes courent vraiment sur tous les fronts. Un blitzkrieg de pornographie, de prostitution, de viols, de religion, lois érodant les droits des femmes et la souveraineté de leur corps, ainsi qu’une déferlante sans fin d’agressions, de violence et de misogynie. Cela ne peut vouloir dire qu’une chose. Les hommes sont absolument terrorifiés! ». 


Bwaha. 

Men are really pulling out all stops. A blitzkrieg of porn, prostitution, rape, trans, religion, laws eroding women’s rights and sovereignty over their own bodies, and a never ending wave of aggression, violence and misogyny. It means only one thing. Men are absolutely terrified! The more stops men pull out, the more I know women have them by the short hairs and on the run. LOL, these boys pulling out every weapon in their arsenal trying desperately to stuff women back into the box. But we’re not going back, boys. This is patriarchy’s last huzzah. We know men can’t keep it up. Masculinist nations do not survive. They implode. We’re witnessing that now as we speak. Their entire system is collapsing. 
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5 commentaires pour Pornoland poursuit sa conquête: dansez votre pénétration, les filles!

  1. Anonymous dit :

    Quelle horreur. Et ces pratiques, comme l'accès au porno, de plus en plus jeune.
    Même de simples clips musicaux « mainstream » sont bourrés d'images quasi porno, de corps trafiqués, de femmes dans des positions lascives, humiliantes, images martelées sans cesse..Dans des cranes jeunes, sans recul. Mais aussi des moins jeunes, parfaitement habitués, qui cautionnent ça.

    Ces anecdotes aussi, enfin qui relèvent plus du fait divers sordide, où des jeunes filles ont du faire des fellations à des camarades de classe, ou se laisser toucher ici, ou là (comprendre : seins, vagin, anus)… Quelques cas relayés mais combien en réalité ?? Combien de cas sont étouffés aussi. Pff.

  2. Euterpe dit :

    Les liens ne marchent pas sans adobe. Il aurait été pas mal d'em mettre un activé ou de publier une vidéo dans l'article mais finalement je crois que j'ai compris sans les images.

  3. A. Ginva dit :

    Ah zut! J'avais pas réalisé. Il vaut mieux que je mette des impressions d'images, je ne préfère pas incruster ces horreurs dans mon blog. Les images sont dignes de scènes porno gonzo, où tout ce que l'on voit ce sont les fesses des femmes, qui se contorsionnent dans des positions impossibles pour n'être qu'une fesse ambulante.

    Pour les cas de prostitution / violences sexuelles et viol par vol de biens ou chantage (portables, chantage sur la réputation, menace de publier les vidéos de « sexe » avec le copain, etc) ces cas sont extrêmement fréquents. Mon avis est qu'il y en a au moins un par classe à partir du collège. AU MOINS – avec des degrés de gravité différentes. Car toutes les filles ont subi à un moment donné à l'école des harcèlements sexuels ou pressions pour se soumettre au coït. Il faudrait vraiment faire des sondages. Avis aux stagiaiiires!! Ohé ohéé!

  4. Anonymous dit :

    J'ai passé pas mal de temps sur ce blog ce soir. Je crois que c'est l'article qui m'a le plus choquée… Ces pratiques me dégoûtent profondément… même les animaux sont plus respectueux entre eux ! Absolument répugnant !! Au Brésil aussi, les enfants font ce genre de choses………. personne ne s'en affole !!! Après tout, c'est tellement normal… -_-« 

    En tout cas, ça me fait VRAIMENT plaisir de voir que je ne suis pas folle quand je lis ces articles, je me sens moins seule dans mon opinion. Merciiiii !!

  5. A. Ginva dit :

    Même les enfants?? Tant qu'à faire, autant les dresser le plus tôt possible, car plus ils l'apprennent tôt moins ils seront en mesure de remettre ces pratiques en question.

    Quand j'ai découvert les premiers textes, livres et blogs féministes, c'était aussi une libération et un soulagement immense. Ca a vraiment été important pour ma santé mentale de savoir qu'il y avait d'autres personnes qui pouvaient vivre et articuler ce que je pensais et vivais aussi. Car dans un monde qui déréalise, efface, dénie et récuse notre expérience à tout moment, c'est vite fait sombrer dans la solitude, la dépression, ou de se refaire lobotomiser le cerveau quand on n'a pas d'autre appui que soi-même.

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