Sur l’horreur des implants mammaires

Je débarque un peu tard sur le sujet, mais allons-y. 
Pour celles qui n’ont pas entendu parler de l’histoire, voici un résumé prototype selon les médias: 


Source: ici

Ok. Je ne sais même pas où commencer. J’essaie de rester calme. 


Position patriarcale: Pour les médias, ce qui provoque le scandale dans cette histoire est simplement la fraude. Une fraude médicale massive, venant du fait que les implants PIP ont été remplis en partie par un gel non-médical risquant la rupture de la prothèse dans le corps des femmes opérées. Et que maintenant il va falloir les retirer chez 30000 femmes (vous imaginez le bazar?), et la sécurité sociale va payer pour ça. Voilà. (Notez que ce chiffre apparaît en fin de paragraphe, « ah oui tiens en passant, y’a 30000 femmes qui…) 

Position féministe: Ce qui m’a glacé dans cette histoire n’est évidemment pas le fait que les opérations soient frauduleuses (!!!???) mais de savoir qu’il y a au moins 30000 femmes en France dont le corps a été sévèrement mutilé par le pouvoir médical, tout ça au nom de normes de beauté de merde fixées par les hommes. La souffrance de ces femmes qui, en plus de risquer un cancer, devront subir à nouveau une opération pour ensuite rester défigurées – ces femmes qui justement ont payé si cher de leur santé et de leur argent dans l’espoir d’améliorer leur apparence physique. Ce chiffre est catastrophique, c’est un désastre humanitaire. 

Je rappelle ce qu’est ce que les patriarches euphémisent comme « opération de chirurgie esthétique »: une torture politique des femmes par les hommes, organisée et cautionnée par l’autorité médico-patriarcale et l’industrie des cosmétiques. Exagération? Non. Ces mutilations « cosmétiques » sont simplement une extension plus barbare de tout l’ensemble de pratiques culturelles occidentales de beauté qui estropient et fragmentent le corps des femmes pour faciliter leur servitude sexuelle aux hommes. Comme pour toutes les pratiques féminines mutilatrices (épilation, corset, maquillage, régimes, mutilation génitale, bandage des pieds, etc.) elles sont organisées par et pour les hommes mais ont l’apparence d’être effectuées par les femmes elles-mêmes. 

En réalité, les hommes accaparent l’ensemble des moyens de subsistance (ce sont eux qui dirigent l’économie mondiale, et leur économie est basée sur le vol, l’exploitation et la destruction), pour rendre les femmes dépendantes d’eux pour leur survie (ou le cas échéant, les dressent à croire que leur existence ne vaut rien sans un homme – choisissez votre version). C’est ce qui permet aux hommes d’exproprier et d’approprier le corps des femmes par l’hétérosexualité obligatoire centrée sur le viol/coït et les grossesses forcées (cf. Paola Tabet, « des outils et des armes »). A travers cette contrainte à l’hétérosexualité, les hommes peuvent ensuite exiger des femmes de se soumettre à des critères destructives de baisabilité, sans quoi elles ne pourront survivre (ou sont dressées à croire que ces pratiques sont nécessaires pour leur survie dans le monde patriarcal). 

Pour les pratiques occidentales de féminité, l’imposition à l’auto-destruction (comme corvée hétérosexuelle) fonctionne surtout en promouvant des normes de beauté invraisemblables et déshumanisantes qui incitent les femmes à la haine de leur corps, aux complexes, à l’auto-contrôle permanent, à la dépendance au regard des hommes et à l’insécurité. Les hommes organisent cette propagande massive de putification des femmes à travers les magazines féminins, les publicités, la promotion de produits cosmétiques & vêtements, les films, la musique, les médias, et bien-sûr, la pornographie. Pour conformer à ces normes de beauté toujours plus dégradantes, les femmes se soumettent à des degrés de plus en plus extrêmes de mutilation physique et de destruction psychique, au point que des pratiques dévastatrices comme le charcutage de leur corps (seins, bouche, fesses, ventres, visage, vulve, vagin, jambes – aucune partie du corps des femmes ne semble échapper à la destruction) sont aujourd’hui normalisées. 

Inutile de préciser, la mutilation des femmes est un lucre énorme, dont les grands gagnants sont les chirurgiens, les industries de la mode et des cosmétiques, les industries du viol (pornographie, prostitution) et réseaux criminels & mafieux (qui vendent des chirurgies « bon marché ») – bref, les hommes, et puis bien-sûr tous les hommes lambda qui bénéficient à regarder les femmes comme des objets décoratifs, qui gagnent en liberté et en pouvoir à ce que les femmes soient estropiées pour mieux les servir sexuellement. 

Toutes les femmes sont perdantes. On nous fait faire le sale travail de putification de notre corps (les pratiques mutilatrices de féminité) on nous fait payer notre propre intoxication (par l’achat des produits cosmétiques) notre propre torture (sur le billard) on nous fait payer même l’arnaque des implants (par la sécurité sociale, payée en grande partie par les femmes) et pour finir, on nous divise (un moyen de ridiculiser publiquement ces femmes « vaniteuses » et « superficielles ») – tout ça, retenez-le bien: pour être baisées, baisables, possédées par les hommes. Pour que les hommes nous pénètrent avec leur bite et s’approprient mieux de notre corps. 

La glorification et la promotion des pratiques sado-rituelles 
de mutilation du corps des femmes par les hommes 
dans Nip/Tuck


Donc je reviens sur ce chiffre: 30000 femmes, c’est le nombre de femmes torturées par la machine médico-patriarcale. A cette échelle, on peut bien parler de torture politique massive et organisée par et pour les hommes, et que cette torture s’inscrit dans un système global d’asservissement sexuelle des femmes aux hommes. (Je rappelle que pour définir comme torture, le consentement n’entre pas en compte puisque nombre de tortures sont faites avec le consentement de la victime, qui peut être obtenue par la contrainte). 30000 femmes, ce n’est même pas le nombre total de femmes mutilées en France, mais uniquement celles à qui on a inséré du silicone PIP. 80% des implants PIP ont été exportés hors de France, et dans le monde on compte 300000 femmes victimes. L’ampleur de la violence est inouïe. 

Or l’irréalité de cette violence que subissent les femmes est telle pour les journalistes qu’ils ne sont capables de la voir que comme de banales et inoffensives altérations cosmétiques – balayées comme des informations de second plan. Autrement dit, il leur est possible – sous couvert de pseudo-objectivité abjecte – de zapper froidement 300000 femmes mutilées par l’industrie médico-patriarcale en s’émouvant uniquement sur la question de fraude. Incroyable! Une fraude médicale suscite plus d’émotion que des milliers de femmes charcutées, défigurées et torturées par des chirurgiens. Ce négationnisme est effrayant, et criminel. 

Si ce n’est que cela prouve encore et encore à quel point les hommes ne considèrent pas les femmes comme des êtres humains auxquelles souffrances  ils peuvent s’identifier, je ne sais que conclure. Il se fait tard, je dois me coucher. Sur une note plus positive, vive la sororité, et vive la révolution des femmes. Nous arriverons à vaincre leurs horreurs. 


* Ajout: Je viens de lire dans un article en ligne que le gel non homologué serait un additif pétrochimique pour carburant. D’abord, ça ne m’étonne pas du tout. Deuxièmement, comme si le silicone (et tous les produits cosmétiques, ménagers, gels et crèmes, etc.) n’étaient pas déjà des pétrochimiques cancérigènes et hautement nocifs à la santé des femmes. Il faut surtout continuer à donner l’illusion que le problème ne réside que dans le « mauvais silicone », et que l’implant en soi n’est pas problématique. Bark bark.
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2 commentaires pour Sur l’horreur des implants mammaires

  1. Bushfire dit :

    Moi aussi j'ai trouvé que le chiffre 30 000 était très important et terrible.

  2. A. Ginva dit :

    Hey! C'est gentil d'être passée ici : ) re-bienvenue!
    Oui, et vraiment ce qui me terrifie encore plus c'est l'absence totale de réaction sur l'étendue monstrueuse de cette violence organisée. Aucune remarque, rien, c'est passé tout à fait inaperçu, comme une lettre à la poste, même pas de sourcillement. Aucun journaliste n'a soulevé la question!!! Je suis atterrée à quel point les violences faites aux femmes ne suscitent aucune émotion, à quel point ces violences ne définissent pas comme violences lorsqu'elles infligées aux femmes.

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