Les femmes n’ont pas le droit de dire le viol

Vous vous demandez pourquoi les victimes de viol ne parlent pas ?
Le viol réduit au silence, de par la violence inouïe. Le langage utilisé autour du viol et les mythes sur le viol empêchent les femmes d’en parler. Le langage ne permet pas d’exprimer le viol, puisque c’est le langage des hommes et les hommes sont les agresseurs des femmes – il est façonné en fonction de leur réalité et intérêts qui est que les femmes, leurs victimes, se taisent. Le langage par lui-même verrouille le secret, inverse la culpabilité, isole les victimes dans leur souffrance.
Speech depends on believing you can make yourself understood: that a community of people will recognize the experience in the words use and they will care. You also have to be able to understand what happened to you enough to convey it to other people.” (Andrea Dworkin, life and death).
1: les femmes ne parlent pas de leur viol car elles savent qu’elles ne seront pas écoutées voire raillées, et elles connaissent le sort des femmes qui disent le viol, qu’elles sont accusées d’avoir provoqué le viol, d’être une salope, d’avoir consenti, d’être masochiste, accusées de mentir et de pourrir la vie d’un homme innocent. Elles connaissent bien les mythes sur le viol qui disent que si une femme est violée, c’est de sa faute. Elles se rendent bien compte qu’il est tabou de parler du viol, surtout en tant que victime, et que ça dérange, c’est considéré comme sale et inapproprié d’en parler.
2 : Il n’y a pas de langage courant qui permette de décrire ce qu’une femme ressent lorsqu’elle est violée. Le point de vue de la société sur le viol est celui du discours de l’agresseur, celui des hommes. Le viol est considéré partout comme du sexe, comme quelque-chose dont les femmes devraient jouir. Et si elle ne jouit pas, c’est de sa faute, elle n’a pas assez bien fait, elle doit faire semblant pour ne pas contrarier monsieur, et si elle souffre, il faut surtout ne pas le faire savoir. Nous n’entendons jamais parler du viol du point de vue des victimes, c’est totalement absent de la société, il y a une conspiration du silence totale et permanente. Les victimes croient être les seules à qui cela arrive, elles n’ont personne ni rien qui prouve qu’elles ne sont pas folles.
3 : Ca peut parfois prendre beaucoup de temps pour comprendre que ce qui nous est arrivé était un viol, et que si nous souffrons c’est justement parce que nous avons été violées. Les hommes distillent le mythe que le viol n’arrive qu’à d’autres femmes, par des monstres psychopathes la nuit dehors dans des coins de rue sombre, donc les femmes n’arrivent pas à associer ce qui leur est arrivé avec le mot « viol ». Puisque ce n’est pas par un étranger, pas à l’extérieur, pas par un psychopathe, ça ne peut pas être un viol ce qui s’est passé. Les femmes n’ont pas de mots pour décrire ce qui leur est arrivé, alors elles se taisent et essaient au mieux de déréaliser ce qu’elles ont subi, ou de le minimiser.
4 : les femmes ne sont pas crédibles dans le patriarcat. Les femmes n’ont pas d’autorité, on ne prend jamais une femme au mot, sauf si c’est pour robotiquement répéter le point de vue, les mots, le langage, les expériences et dires des hommes. Elles n’ont pas de statut en tant que femmes, pas de fonction d’autre que celui de se taire et de sourire, pour montrer qu’elles ne penseraient jamais à rien d’autre que de servir les hommes et d’être leur objet-carton en 2 dimensions. Les femmes sont haïes mondialement. La fonction des femmes est d’être des orifices à pénis pour les hommes, et des réceptacles pour leurs bébés mâles. C’est ce qui fait d’elles des femmes, pour les hommes, c’est ce qui les rend femmes. C’est ce qui définit leur existence pour les hommes, le reste ne compte pas, où c’est pour leur faire croire qu’ils les aiment pour autre chose que pour être baisées. Une femme ne peut ne pas consentir à ne pas être pénétrée car c’est sa fonction, c’est ce à quoi elle sert. Pour les hommes les femmes n’ont de sens qu’en tant que trou pour être pénétré – qu’elles refusent serait aussi absurde qu’une toilette qui refuserait qu’on urine dedans.  
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