Est-ce que le sexe compte?

Je viens de lire ce post de Rancom, « gender matters« , citant Diane Richardson dans Radically Speaking qui répond aux critiques anti-essentialistes, et hier, j’ai lu ce texte de Sheila Jeffreys, « the need for revolutionary feminism » (1977) qui parle notamment de la reproduction comme étant un élément central à l’oppression des femmes.Tout ça ça m’a fait réfléchir.
Effectivement une critique que l’on entend souvent dans le but de décrédibiliser les féministes radicales c’est qu’elles seraient « essentialistes » parce qu’elles représenteraient les hommes comme des méchants oppresseurs et les femmes comme des pauvres victimes. 
Ce qui est impliqué déjà dans cette critique c’est que l’oppression des hommes sur les femmes ne serait pas réelle ni aussi systémique que l’on voudrait le faire croire, en gros que l’on exagère. Or le fait que les hommes collectivement et individuellement oppriment, persécutent et colonisent brutalement les femmes, et ce de manière unilatérale à travers le globe et depuis des millénaires, est un fait empirique (cf Diane Richardson).
Cette critique est aussi une sinistre inversion parce que ce sont les hommes qui en réalité utilisent massivement ces arguments déterministes et essentialistes pour expliquer comment les hommes sont agressifs par nature et les femmes dociles et serviables par nature, pour justifier et légitimer leur domination.
Justement les féministes radicales et matérialistes sont généralement les seules à affirmer que la différence anatomique et biologique des sexes en tant que telle n’est pas facteur d’oppression; seule l’organisation sociale de la hiérarchie entre hommes et femmes décidée par les hommes rend la différence sexuelle pertinente dans l’oppression (cf Christine Delphy et Nicole Claude Mathieu). 
Ce sont aussi les féministes qui ont inventé le concept de « genre » pour expliquer que les différences de comportements entre hommes et femmes étaient non pas innées mais socialement construites, par la force, la violence et le dressage. La féminité et la masculinité ne sont rien d’autre que les comportements de domination et de servitude mis en place par le système d’oppression.
De plus, comme le précise Diane Richardson dans son article, le fait que des femmes (et quelques hommes) aient résisté au système d’oppression par les hommes est une preuve en soi que nous ne sommes pas biologiquement déterminés à être subordonnées aux hommes. 
J’ajouterais même, le fait que hommes aient le besoin de recourir à la force et à la violence de façon permanente pour maintenir et reproduire leur système de domination est aussi une preuve à mon sens que cette domination n’est pas naturelle. Si la domination était naturelle, elle serait sans efforts, ils n’auraient pas besoin de nous y contraindre, et surtout, ils n’en auraient pas conscience. Or nous savons que leur violence est intentionnelle, nous savons qu’ils ont conscience de leur domination et du mode d’emploi de la domination (cf Nicole Claude Mathieu, « l’Anatomie Politique »), qu’ils mettent en place des stratégies pour dominer – et le fait même qu’ils organisent des représailles pour préserver leurs prérogatives le prouve. Et puis, je ne serais pas féministe radicale si je ne croyais pas que ça pouvait changer!
Bref, tout ça c’est communément admis, rien de nouveau là dedans. Le comportement de domination et de subordination n’a rien d’inné, il est imposé par la force et ce de manière intentionnelle et consciente. Où est-ce que je veux en venir?
Ma question est la suivante: est-ce que pour autant la différence anatomique entre hommes et femmes ne compte pas dans l’analyse féministe radicale? Non. Fermer les yeux sur la différence anatomique entre hommes et femmes et faire comme si cette différence n’aurait aucune incidence sur l’organisation de la vie sociale me paraît difficile. 
D’une part, la prise en compte de la biologie est cruciale ne serait-ce que pour pouvoir reconnaître le fait que les hommes utilisent bel et bien notre biologie – c’est à dire nos capacités reproductives qu’ils n’ont pas – pour nous opprimer. Comme le dit Sheila Jeffreys dans son article de 1977, c’est leur manipulation de notre biologie dans leur volonté de contrôler la reproduction qui constitue le mécanisme central de notre oppression et la spécificité de leur oppression contre nous, à l’inverse de toutes les autres oppressions. Pour que les hommes contrôlent la reproduction de la vie humaine, ils doivent contrôler les femmes, les rendre captives en les soumettant à des coïts à répétition pour ensuite en obtenir les « produits », c’est à dire les enfants. Pour nous réduire à ce statut de « femelle de l’humanité » et de « bétail à procréer des humains mâles », ils doivent mettre en place tout ce système de contrainte au coït et à la reproduction d’enfants forcée par le mariage, « l’hétérosexualité » (calqué sur le modèle du mariage) et la prostitution, et parallèlement en utilisant toutes les formes de violences possibles et imaginables (psychologiques, politiques, sociales, économiques, culturelles, physiques, sexuelles, divisions des tâches, esclavage, interdiction d’accès aux outils, à la culture, au savoir) pour briser notre résistance.
Si nous refusons d’analyser la manière dont les hommes manipulent notre biologie et érigent ce contrôle/cette manipulation en institution, nous ne pouvons comprendre pourquoi les violences sexuelles qu’infligent les hommes visent spécifiquement les femmes, et pourquoi cette violence sexuelle se fait le plus souvent par la pénétration du pénis dans le vagin, pourquoi ils attachent autant d’importance à érotiser et à promouvoir le coït/viol à tous les hommes à l’échelle massive à travers leur pornographie (leur culture, leurs arts, leurs médias) et pourquoi ils considèrent que violer c’est fondamentalement un acte d’assignation à la caste des femmes, même lorsque c’est un homme ou un garçon qui est violé. 
C’est bien parce que le viol des femmes est ce qui permet aux hommes de contrôler la reproduction (et peut-être d’avoir l’illusion de contrôler la vie?) qu’ils sont aussi obsédés par le fait de violer les femmes et obsédés par leur pénis en érection (tout ce qu’ils construisent est construit sur le modèle de: érection > pénétration > émission mortelle > destruction, comme des extensions meurtrières et phalliques d’eux-mêmes). C’est bien pour cela que la destruction et la haine des femmes est aussi nécessaire et intrinsèque à la maintenance de leur pouvoir et du monde qu’ils ont créé: parce que le pouvoir auxquels ils aspirent, celui de contrôler la reproduction, doit passer par le viol, ce qui nécessite la haine et la volonté de détruire les femmes. s’ils s’attachaient à aimer les femmes ils devraient immédiatement abdiquer leur illusion de toute-puissance, car la réalisation de l’horreur de leurs violences les ferait cesser. Le prix que les hommes sont prêts à payer pour contrôler la reproduction est celui-ci: la destruction de l’humanité. Ils me font pitié.
Toutes les complications liées au coït (grossesses non-désirées, grossesses non-désirées menées à terme, contrainte d’élever des enfants, avortements, infections, maladies infectieuses, VIH, prise de produits toxiques ou d’objets invasifs pour mitiger les risques des coïts, complications liées aux grossesses ou avortements pouvant aller jusqu’à un handicap à vie ou la mort) sont des conséquences des violences sexuelles qui sont spécifiques aux femmes dans l’oppression organisée par les hommes, que seules les femmes peuvent subir et seuls les hommes peuvent causer, et ce de manière intentionnelle (voir les posts de Factcheckme ici, ici, ici, ici et ici pour des critiques radicales du « PIV » et pour plus d’infos sur ce thème – PIV veut « Penis in Vagina » en anglais). 
La vulnérabilité des femmes à la violence sexuelle des hommes et surtout aux conséquences biologiques potentiellement meurtrières de ces violences dans une culture de viol où les hommes sont dressés à ne vouloir qu’une chose, coûte que coûte (et où toute leur organisation sociale de l’humanité est structurée pour faciliter cela): foutre leur pénis dans le vagin des femmes – est une donnée que nous devons prendre en compte dans nos théories et actions féministes radicales. Est-ce essentialiste d’affirmer que le pénis dans le vagin est en soi dangereux pour les femmes et utilisé de manière délibérée par les hommes comme stratégie génocidaire? Je dirais que c’est réaliste.
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12 commentaires pour Est-ce que le sexe compte?

  1. Berenice dit :

    Bon désolée mais moi je reste hétérosexuelle et je ressens de la dissonance cognitive lorsque je lis ce genre de texte, parce qu'il y a bien un fond de vérité (c'est d'autant plus choquant comme idées), les arguments sont convaincants. MAIS comment je fais moi pour avoir une vie amoureuse si je refuse la pénétration vaginale???
    Je trouve que la difficulté principale (de mon point de vue) c'est que le système entier veut que les hommes soient supérieurs aux femmes et que lors de la relation sexuelle avec un homme, vous ne faîtes que mettre en acte cette relation de domination/soumission. Alors il y a deux écoles pour répondre à cette affirmation:
    1. c'est un système de représentations symboliques, si il est pensé et mis à jour, on peut le court-circuiter et avoir une relation sexuelle qui refuse ces représentations symboliques et sociales. Donc il suffit que les deux partenaires (dans ce cas un homme et une femme) se considèrent d'égale à égale pour que la domination/soumission disparaisse
    2. il n'y a pas d'échappatoire à ce système de représentations lié à la relation sexuelle de pénétration donc pour y échapper il suffit de ne pas la pratiquer et de pratiquer une sexualité sans pénétration…

    pffff je ne sais pas trop quoi en penser, d'une part c'est peut-être du conditionnement, mais j'ai appris à ressentir du plaisir aussi avec la pénétration et a en avoir envie. Je veux dire que je ne le ressens pas comme un acte de soumission et j'espère que tous les hommes ne le ressentent pas comme un acte de domination. Maintenant, je me leurre pas non plus, je sais bien que certains hommes utilisent le poids symbolique de la pénétration pour vous inférioriser, mais enfin je pense que tous ne le font pas.
    Alors, je sais que l'on va me dire que c'est du déni, peut-être, je ne peux pas répondre à cette question. Maintenant, je sais aussi que lorsque j'ai l'impression qu'un homme ne m'aime pas tant que ça, je refuse les relations sexuelles pour voir si il tient suffisamment à moi pour se contenter d'une relation platonique, et après j'avise…
    Je sais aussi que je refuse catégoriquement la sodomie parce que je ne peux pas passer outre la représentation de soumission totale et la dégradation qui y sont associés. Finalement j'ai atteint un stade ou je considère qu'en ce qui concerne la sodomie, ils peuvent aussi se faire sodomiser alors on commence par eux ou on ne le fait pas point barre. Et ils ne veulent pas du tout le faire (perso je n'y tiens pas non plus pour être parfaitement honnête) et me foutent la paix. Mais si ils refusent de le faire c'est bien la preuve qu'ils considèrent cela comme humiliant et dégradant. Hors je suis désolée mais si c'est humiliant pour eux, je ne vois pas comment ça pourrait ne pas l'être pour moi? Si on est égaux, ce qui est bon pour moi doit l'être aussi pour eux, logiquement. Bref, ce sont des questions très complexes et délicates.
    Et je n'ai pas de réponses à apporter, si ce n'est que je ne me vois pas arrêter la « PIV ».

    Et pour cette affirmation : « affirmer que le pénis dans le vagin est en soi dangereux pour les femmes et utilisé de manière délibérée par les hommes comme stratégie génocidaire? Je dirais que c'est réaliste. »
    franchement je n'arrive pas à adhérer à cela. Je préfère penser (peut-être à tort) que le PIV peut-être un moment de partage, fusion avec l'autre et qu'il y a autre chose qu'un désir de mort dans leur tête au moment où il le pratique…
    Je ne sais pas si ce que je raconte est très clair, j'espère en tout cas que mon commentaire ne te gène pas. Je trouve que tu as raison d'une certaine manière, mais pas sur tout.

  2. A. Ginva dit :

    Merci pour vos réflexions, oui c'est très clair!

    Je comprends tout à fait votre réaction!

    Du coup excusez-moi d'avance pour cette longue réponse, j'espère que cela clarifiera un peu mon propos!

    Moi aussi je prenais du plaisir au coït, mais comme vous le dites vous-même, je l'ai appris: après un dressage! Est-ce que je m'y serais mise si l'on ne m'y avait pas contrainte / mis la pression dès le départ? Si on ne m'avais pas fait croire que toute ma valeur dépendait du fait de trouver un homme pour me pénétrer? Je ne crois pas. D'autre part le plaisir génital chez les femmes ne vient pas du coït en lui-même, mais toujours de la stimulation du clitoris: cette stimulation peut s'occasionner indépendamment du coït et toutes les femmes n'ont pas nécessairement le clitoris stimulé lors d'un coït. De plus, en ce qui concerne le coït, le plaisir génital vient généralement après une première douleur (la première pénétration) qui ensuite se « détend », ce qui me fait penser que c'est davantage un mécanisme lié au stress pour libérer la tension générée par la douleur > mais qui du coup crée aussi une dépendance, puisque l'on devient dépendant à la sensation de « libération de tension »: et on va ressentir l'envie de « sexe » comme une forte tension qu'on veut soulager – pour moi ce n'est pas du plaisir mais un mécanisme traumatique/addictif (cette théorie est à affiner, mais en tous cas j'y vois un schéma très récurrent).

    Mais surtout, à mon sens la question n'est pas du tout si oui ou non on prend du plaisir, parce que le plaisir peut se conditionner, notamment par l'utilisation des agresseurs du mécanisme de stress post traumatique sur les victimes, où ils enseignent aux victimes à s'anesthésier par le coït: les rapports sexuels deviennent un moyen pour « disjoncter » d'une angoisse ou d'un stress post-traumatique (c'est ce qu'on appelle les « conduites sexuelles à risque », rapports sexuels à répétition, non-protégés ou risqués, souvent avec des personnes que l'on ne connaît pas, qui ne sont pas initiés ou désirés dès le départ etc.). Beaucoup de victimes de viols témoignent également avoir ressenti une excitation génitale lors du viol subi – et cette excitation est liée au stress et à la peur et non au plaisir.

    Donc la question n'est pas le plaisir mais les conséquences du coït sur notre santé et notre vie à court et long terme, le fait que les conséquences graves ne soient vécues QUE unilatéralement par les femmes, le fait que les conséquences sur les hommes se réduise juste à s'humidifier le pénis et que tous les hommes connaissent parfaitement les conséquences sur les femmes, et malgré cela, choisissent de continuer.

    Les conséquences du coït sur les femmes sont et peuvent être désastreuses: déchirure des muqueuses, infections urinaires et maladies infectieuses (une femme a deux fois de chances de contracter une infection qu'un homme, du fait de la sensibilité de la muqueuse chez les femmes), grossesses non-désirées, grossesses menées à terme, complications liées à la grossesse pouvant mener jusqu'à la mort. Pour mitiger ces risques du coït, nous sommes forcées d'avoir recours à des produits toxiques dangereux pour la santé, potentiellement meurtriers (pilule contraceptive), ou intrusifs (stérilet) et même en incluant les contraceptifs les moins nocifs (la capote – mais la capote nécessite l'assentiment de monsieur, les femmes n'ont souvent pas le pouvoir de le négocier) AUCUN des produits n'élimine complètement les risques et les conséquences néfastes. Nous le savons puisque TOUTES vivons ou avons vécu la peur raisonnable d'être enceinte après un coït. Elle est toujours là, même si des fois on ne s'en rend plus compte parce qu'on la considère comme normale.

  3. A. Ginva dit :

    Je suis convaincue qu'aucun être humain non dressé et conditionné par la violence (psychique, économique, affective, sexuelle) n'accepterait de courir un tel risque sur sa vie et sa santé pour une simple pratique récréative et surtout un plaisir qui peut s'obtenir autrement que par le coït (stimulation du clitoris). Pour que l'on accepte une pratique aussi risquée et potentiellement meurtrière comme étant une pratique récréative pour nous voire même un acte « d'amour » ou « l'unique acte d'amour qui soit », il faut une sacrée dose d'endoctrinement et de dressage pour en arriver à ce stade!! Et justement: essayez de penser à des films, musiques, images, livres (etc.) où le coït n'est PAS promu (directement ou symboliquement) comme l'acte central de la relation de l'homme à la femme… Vous dites vous-même, vous ne concevez même pas l'hétérosexualité sans le coït!! C'est un résultat normal de cette propagande. Or il y a beaucoup de féministes hétéro qui ne pratiquent pas le coït.

    Mais là est toute la question: c'est qu'une fois que l'on arrête le coït par souci de sa propre santé, les hommes en général ne restent pas longtemps. Ce qui mène à la conclusion suivante:
    1. Les hommes savent les conséquences qu'a le coït sur nous.
    2. Or ils continuent malgré le fait qu'ils savent que ça peut nous faire du mal.
    3. Si on continue quelque-chose sur quelqu'un alors qu'on sait ça peut faire du mal à l'autre, c'est qu'on le fait exprès: c'est qu'on a décidé de continuer malgré les risques, il y a donc intentionnalité de nuire. C'est comme piquer une femme avec une seringue pour mettre du sperme dans son vagin une fois par semaine en sachant qu'elle risque de tomber enceinte alors qu'elle n'en a pas envie.
    4. Par conséquent, ce qui fait plaisir aux hommes dans le coït est de nous nuire. (Je suis désolée, mais j'ai beau le retourner dans tous les sens, c'est la conclusion logique qui retombe toujours).

    Il suffit d'étudier le langage qu'utilisent les hommes pour désigner le coït et pour désigner les femmes en tant que réceptacles du coït pour nous confirmer qu'il ne s'agit pas d'amour de leur part mais de mépris, de haine et de volonté de destruction.

    Ce qui m'amène à comprendre les choses telles que je les ai expliquées dans le post ci-dessus.

  4. Berenice dit :

    J'entends bien ^^
    Oui alors que les choses soient bien claires, effectivement, je ressens du plaisir avec la PIV (mais c'est plus un bonus psychologique qu'autre chose) parce que je partage tout à fait l'avis que le seul vrai pourvoyeur de plaisir est le clitoris. Je tire mon plaisir de mon clitoris et j'apprécie la PIV en même temps dans sa dimension partage (bien que je trouve la sensation agréable cela ne me procure pas d'orgasme en soi même avec beaucoup beaucoup de bonne volonté). Mais à ce compte là, le partenaire ne sert pas à grand chose, parce qu'il est presqu'un frein à la jouissance, vu que sans lui je n'ai pas de difficulté à jouir alors qu'il me faut toute une phase d'adaptation pour jouir avec un homme et des fois je n'y arrive tout simplement pas. Mais enfin, ce que m'apporte un partenaire c'est une relation affective et ça aucun orgasme ne me le donnera. Et si je devais faire un choix entre l'affect et le sexe, ben ce n'est pas le sexe que je choisirai.
    En plus, j'ai bien peur qu'ils soient tout aussi conditionnés que nous et que le fait de pratiquer le PIV soit ce qui fonde leur identité d'homme et que leur refuser soit perçu par eux comme un refus de les considérer comme des hommes et refuser d'être une femme (au sens social des termes). Je reconnais qu'après cette phrase que je viens moi-même d'écrire, j'admets que le PIV est ce qui fonde concrètement les identités de genre et les rapports de domination/soumission entre eux.
    Finalement, j'admets que je suis en partie convaincue par votre argumentation.
    MAIS, je voudrai tout de même dire que le PIV n'a jamais entraîné pour moi de conséquences physiques pénibles et que mes partenaires ont eu le bon gout de ne pas refuser les préservatifs. Et que j'ai eu accès autant que je le souhaitais à la contraception ce qui fait que pour moi le PIV n'est pas forcément une pratique à risque, dans la mesure où je garde les risques potentiels « sous contrôle ».
    Quant à la toxicité des contraceptifs, eh bien, je fume alors bon…

    Je trouve que le raisonnement n'est tout de même pas tout à fait équitable parce que par exemple, même si le risque d'attraper des IST est moindre pour eux, il existe quand même et pourtant, aucun n'y renoncerait pour autant. Il est donc un peu injuste à mon sens de présenter cela comme apocalyptique pour nous et absolument idyllique pour eux sans la moindre nuance.

    « Il suffit d'étudier le langage qu'utilisent les hommes pour désigner le coït et pour désigner les femmes en tant que réceptacles du coït pour nous confirmer qu'il ne s'agit pas d'amour de leur part mais de mépris, de haine et de volonté de destruction. »
    Bien que tous nous connaissions ce langage seul les plus odieux l'utilisent et tous n'y adhèrent pas et ne le tiennent pas. Certains même le critique d'eux-mêmes, HEUREUSEMENT.

    Je ne sais pas trop, bien que je trouve que le raisonnement se tient, je trouve quand même qu'il manque de nuances (concernant les IST par exemple). En plus je trouve que le recours à la contraception invalide de moitié le postulat de départ qui veut qu'il y ai toujours le risque d'une grossesse en perspective.

  5. Berenice dit :

    Enfin, j'ai besoin de relations affectives et d'amour (désolée pour le recours à ce concept mais je ne vois pas comment le dire autrement) et je pense sincèrement qu'une relation sexuelle et notamment le PIV peut être (pas toujours loin de là) un acte amoureux d'intimité maximum. Il s'agit tout de même d'être l'un dans l'autre et je trouve cela agréable, c'est à dire que l'idée m'est agréable lors de la pénétration. Et si un homme m'expliquait que la possibilité que le préservatif rompe et qu'il attrape une IST le dissuade de me pénétrer je trouverai ça très bizarre voire insultant.
    Je n'ai finalement pas d'avis tranché et définitif sur la question. Mais bien que je trouve la démonstration assez convaincante, c'est de plus une belle construction théorique (au sens esthétique, le raisonnement est beau) il y a cependant quelques failles à mon gout. Failles que je vais utiliser à mon profit pour y résister ^^ parce qu'au final, je crois que:
    1. le conditionnement (ou dressage si vous préférez) est opérant et je trouve du plaisir dans le PIV
    2. je veux être aimée et s'il faut en passer par là (PIV) pour être aimée, c'est un prix que je suis prête à payer, d'autant plus que je ne le vis pas comme un acte de destruction ni de soumission et que j'y trouve une satisfaction affective et sensuelle (même si je vous l'accorde ça ne me procure pas d'orgasme en soi).

    Merci en tout cas d'avoir mis à ma disposition cette réflexion sur le PIV, d'avoir pris la peine de me répondre aussi. Car même si je ne suis pas d'accord sur tout, je trouve cela intéressant et je vais y réfléchir. Merci aussi pour votre blog qui est très intéressant et nourrissant intellectuellement et humainement. Et même si sur ce sujet là, je ne suis pas totalement d'accord avec vous, pour le reste, en général vous avez mon adhésion totale. Et je suis bien contente de constater que certaines réflexions et révoltes que j'ai ne sont pas une « folie personnelle » et que d'autres ailleurs les partage.

  6. A. Ginva dit :

    Bonjour,

    En guise de réponse je cite des posts de radfemimages, en anglais (si vous ne lisez pas l'anglais, je peux le traduire)

    http://radfemimages.wordpress.com/2012/04/25/yazyasminocella-lawsuit/

    « women who have been harmed by dangerous birth control drugs and medical devices — and they are all dangerous, some are just more dangerous than what is considered standard or has been deemed acceptable — are all expected to return to the patriarchal PIV-as-sex meatgrinder as soon as they are able, and to “choose” a birth control method that will (hopefully!) be less dangerous than the one that harmed them before, or (hopefully!) not visit its known side effects on her individually. No woman is given the option to opt-out of the PIV-as-sex paradigm altogether, which is of course the source of all this female-specific suffering in the first place. »

  7. A. Ginva dit :

    Et ceci:
    http://radfemimages.wordpress.com/2012/04/25/nuvaring-and-nuvaring-lawsuit/

    « Marketing for Nuvaring in particular exploits the fact that the Pill is a pain in the ass and difficult for many women to use correctly because you have to take it every day. Nuvaring is the “once a month” solution to the problem of repetitiveness, but repetitiveness is ultimately not the problem with any birth control regimen; the problem is dangerous male-centric sexuality that places girls and women in harm’s way. The PIV-centric narrative normalizes reproductive harm and forces us to choose between the “lesser of two evils” (between the dangers of birth control versus the dangers of unwanted pregnancy) but never, ever clearly, directly identifies PIV as an “evil” or a source of harm, even though it clearly is. No birth control product is 100% effective, and they all have side effects, so the contraceptive/PIV-related cost-benefit analysis is never a matter of avoiding reproductive harm — it’s a matter of mitigating it.

    PIV-centric narrative — Normalize reproductive stress and pain. Note the tone and content of the Nuvaring commercials, particularly with regard to disclosing the risks. Not only are the nature of the risks minimized even though they are very serious (and include death!) but they are also made to seem very remote, and unlikely to happen to you as an individual consumer. Also, a baseline level of reproductive stress and pain is assumed — women are not assumed to start from a baseline of zero reproductive stress and pain, which is only possible if you completely avoid PIV.

    Frequently, risks associated with dangerous contraceptives are minimized — and normalized — by comparing those risks to the very considerable risks of pregnancy and childbirth (!) as if pregnancy and childbirth are completely unavoidable without the use of dangerous contraceptives. »

  8. A. Ginva dit :

    Pour finir: http://radfemimages.wordpress.com/the-gears/#stress

    — Normalize reproductive stress and pain. This sub-theme normalizes PIV-centric sexuality by normalizing and invisiblizing female-specific reproductive harm, namely, trauma bonding from intercourse, unwanted pregnancy, and pain and stress arising from pregnancy-prevention methods; and invisiblizing the fact that these harms would not exist outside the PIV-as-sex paradigm, where intercourse was only used where the woman desired to become pregnant, and where “sex” for pleasure’s sake alone would only be found elsewhere, and never from PIV. In reality, PIV-as-sex is a construct, and neither natural nor inevitable, and the harms to women which flow from PIV aren’t natural or inevitable either. Where the harms to women of intercourse are made invisible, we are left with the image of PIV as sexy funtime or as stress-relief without physical or emotional complications and consequences (or stress!) but in reality, this is a male-centric perspective only. For women, for the entirety of our reproductive lives, the fantasy of stress free, harmless PIV is just a fantasy: it’s simply not true.

    Included are uncomfortable discussions about “sex,” birth control, or going on “the Pill”; missed periods, pregnancy scares and pregnancy tests; vaginal or urinary tract infections or STDs; and female-bonding over any of the above; unwanted/unexpected pregnancies, miscarriages and abortions; not knowing “who the father is” or becoming unwillingly impregnated through an affair; having too many children to easily care for; “change of life” babies; tubal ligation or permanent or painful contraception/sterilization procedures; and making all of this female stress and pain seem normal, and inevitable. e.g. “it’s time for me to go on the Pill.” Also included are keeping fertility-related secrets, including keeping possible pregnancies secret from the man “until you’re sure” so as “not to worry him”.

    The plight of the “accidental impregnator” is also normalized — and the harms to women invisiblized and made to seem inevitable or unavoidable — where boys and men are shown to experience stress over possibly causing an unwanted pregnancy; but more often we see boys and men celebrating impregnating an unwilling woman, e.g. “My boys can swim!” The effect is the same — to normalize women’s reproductive stress and pain, to make it seem like it’s no big deal, or completely reversing it and making it seem positive when it’s not.

  9. Berenice dit :

    je lis l'anglais, ne vous embêtez pas à me le traduire j'ai compris.
    Il reste quand même l'objection des IST.
    Vous êtes persuasive en tout cas ^^
    Mais au vu du ratio pertes/bénéfices (pour moi, selon mes critères, je ne dénigre pas votre argumentaire) arrêter le PIV me semble trop « couteux ». De la même façon, je dirai que je n'ai pas envie d'arrêter de fumer, même si objectivement, rationnellement, je devrai, sans doute.

  10. A. Ginva dit :

    Je comprends. C'est là qu'on voit que les hommes organisent notre existence de telle façon qu'effectivement, le PIV nous paraisse plus bénéfique pour notre survie – si refuser le PIV veut dire être à la rue, ne plus être soutenue financièrement, ne plus avoir d'affection (qui dans un monde où nous sommes maltraitées depuis l'enfance et où l'on nous a convaincues que nous sommes « vides » sans les hommes, peut équivaloir à un sentiment d'abandon grave, de mise à mort) alors effectivement, dans un calcul de bénéfices et de coûts, arrêter le PIV est trop coûteux, alors même qu'il est destructeur pour la santé et l'intégrité.

    C'est bien là tout le problème du patriarcat, car les hommes font tout pour nous rendre dépendants à eux pour que l'on ne puisse pas être en mesure refuser le PIV, pour que refuser le PIV veuille dire ne plus manger, ne plus être « aimée »! C'est quand-même curieux que le plus souvent, le moment où les hommes se montrent le plus « affectueux » c'est lorsqu'ils veulent obtenir un PIV, et qu'une fois qu'ils l'ont obtenu, ils se montrent plus distants, froids: le moindre signe de gentillesse de leur part dans un système organisé de terreur des hommes sur les femmes, peut leur être un moyen suffisant pour instaurer notre dépendance affective et ainsi nous contraindre au coït. Une fois dépendantes de leur attention pour notre survie (psychique, affective, matérielle) nous faisons donc tout notre possible pour maintenir le PIV puisque c'est presque le seul moment où ils se montrent attentifs.

    Malheureusement c'est le cas de l'immense majorité des femmes de ne pas être en état de pouvoir refuser le coït car les hommes font en sorte que leur survie dépend de cela. Toute autre forme de socialité ou de relation (amitié entre femmes, relations non-sexuelles ou non basées sur le coït, non centrées sur le pénis des hommes, que ce soit entre femmes ou entre hommes et femmes) sont totalement effacés par la culture, ne sont pas reconnus socialement (n'ont pas de statut social institutionnalisé, comme c'est le cas pour le coït et le mariage) et sont socialement stigmatisés.

  11. Berenice dit :

    « Une fois dépendantes de leur attention pour notre survie (psychique, affective, matérielle) nous faisons donc tout notre possible pour maintenir le PIV puisque c'est presque le seul moment où ils se montrent attentifs. »

    Non non non quand même 🙂 Pas tous.
    Tout de même aimer et être aimer est une chose bien douce et ils ne sont pas totalement inapte à aimer (certains) mais d'autres en sont capable. Ce ne sont pas tous des monstres d'égoïsme. Je suis d'accord avec vous que certains hommes sont comme vous le décrivez, mais enfin, je ne suis pas d'accord avec le fait que tous sans exceptions se comporteraient de cette manière. De plus, je précise que je ne suis pas dépendante du point de vue financier, pour le reste c'est une autre histoire.

    « Toute autre forme de socialité ou de relation (amitié entre femmes, relations non-sexuelles ou non basées sur le coït, non centrées sur le pénis des hommes, que ce soit entre femmes ou entre hommes et femmes) sont totalement effacés par la culture, ne sont pas reconnus socialement (n'ont pas de statut social institutionnalisé, comme c'est le cas pour le coït et le mariage) et sont socialement stigmatisés. »

    Ce n'est pas faux, mais théoriquement, un progrès avait été fait avec le PACS qui permettait justement une institutionnalisation de ce type de relations. Je reconnais que le succès n'est pas total.

  12. A. Ginva dit :

    J'ai du mal m'exprimer, dsl: mon commentaire ne faisait pas des généralités sur les capacités des hommes à aimer (cela ne m'intéresse pas) mais étudiait les stratégies par lesquelles ils obtiennent notre subordination à travers le PIV. Ceci n'a rien à voir avec l'amour. Si un tel n'utilise pas la manipulation affective c'est qu'il a d'autres moyens pour obtenir d'une femme le PIV, tout simplement. De plus, les divergences de stratégies individuelles d'obtention du PIV par les hommes n'ont aucune incidence sur la réalité que tout homme qui pratique le PIV commet un acte grave de mise en danger de la santé d'une femme, qui n'est remédiable complètement que par la cessation de cet acte. Et qu'il ne pourrait commettre cet acte s'il n'y avait pas au préalable une emprise sur la femme en question, individuellement comme socialement. Le truc c'est que la société patriarcale est tellement bien verrouillée avec son système de dressage par la violence, de propagande par la culture et les médias (etc), que les hommes ont seulement à jouer leur rôle d'homme lambda pour mettre une femme sous emprise, et cela passe inaperçu.

    Et surtout les variances entre les stratégies individuelles n'altèrent pas la réalité que le PIV nous est *toujours* imposée par leurs stratégies d'emprise, au plan structurel comme au plan individuel. Les formes d'emprise peuvent varier selon les contextes mais l'emprise est toujours inhérente au PIV – l'altération de notre perception du PIV par l'endoctrinement (qui nous fait croire que c'est du « sexe sans conséquences », que c'est indispensable à l'épanouissement sexuel, du « fantasme » etc alors que c'est un mensonge – sans parler des mensonges telles que « la douleur peut être du plaisir »);
    les violences sexuelles qui activent les mécanismes traumatiques et dépendances affectives, nous détruisent et nous empêchent de définir notre sexualité par nous mêmes avant même que l'on atteigne l'âge adulte;
    la dépendance aux hommes pour notre survie (etc).

    le PIV est constitutif de notre oppression et colonisation par les hommes. Or le monde est organisé par et pour les hommes pour qu'ils puissent enfoncer leur bite dans nos vagins sans résistances de notre part, et ça ça demande de nous briser dès la naissance pour que l'on ne s'y oppose pas. ça peut être par l'argent, la manipulation, l'emprise psycho-affective, la violence physique, la prostitution, la paupérisation, la captivité, le vol de nos moyens de survie – quel que soit le moyen, le monde est fait pour que tout homme puisse l'obtenir sans difficulté, même le plus démuni, handicapé, dépravé d'entre eux.

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