L’horreur que vivent les femmes dans le quartier de Saint Jacques à Perpignan

Ci-dessous, une émission de France-Culture, « les Gitanes de Saint Jacques« , où la journaliste interviewe quelques femmes Gitanes et leur pose des questions sur leurs conditions de vie. Je suis abasourdie par l’horreur des violences qu’elles subissent, l’ubiquité de ces violences dans leur communauté et la banalité par laquelle les hommes commettent ces crimes.

Ces femmes sont séquestrées, torturées et violées par leurs maris sur une durée et par un degré tel qui dépasse de loin les définitions minimales de la torture de guerre. Les témoignages de ces femmes nous apportent les preuves accablantes d’une urgence humanitaire. Plus accablant encore, l’émission inclut les mots des criminels eux-mêmes avouant leurs crimes – qu’ils décrivent avec avec une nonchalance déconcertante, avec fierté et la certitude absolue d’être dans leur bon droit – ainsi que les idéologies de haine auxquelles ils recourent pour légitimer leurs actes. L’ampleur de leur impunité est hallucinante. Certains hommes ont même proféré, au micro, devant la journaliste en présence de leurs propres victimes, des menaces de mort:

« Si je te vois parler à un autre homme, je te tue ».

Quand avons-nous des preuves aussi irréfutables et publiques des intentions meurtrières d’un criminel? Cette phrase à elle-même devrait justifier d’un signalement en urgence suivi d’une intervention dans l’heure du parquet afin de protéger les victimes et d’un arrêt immédiat et sans appel des criminels. Je remercie les journalistes d’avoir réalisé cette enquête et d’avoir mis la lumière sur ce cette situation, mais où se situe la position éthique de France Culture sur cette situation? Où se trouve la mobilisation publique suite à la publication de cette émission?

Lorsque nous avons été informées de tels crimes, nous avons une obligation éthique d’agir pour cesser les violences. Que vont devenir les femmes victimes après avoir entendu ces menaces impunément proférées à la radio? Ces femmes sont en danger, je crains pour leur sécurité. Pas un mot n’est dit à leur sujet, y a-t-il des interventions prévues pour les aider à se mettre à l’abri du danger? L’absence de prise de position explicite de la part de France Culture envers les victimes durant l’émission est absolument immorale (je doute cependant que les journalistes aient la posibilité de se montrer ouvertement « militantes », un jugement dernier utilisé dans de nombreux secteurs par les supérieurs hiérarchiques qui peut valoir la censure de son travail, l’arrêt de son financement, un déplacement de mission voire un licenciement).

Quel effet cela a-t-il de faire la démonstration de ces horreurs en le présentant de manière « neutre » comme « phénomène de société »? Toute notion d’urgence humanitaire et d’horreur est étouffée dans un calme prétendument bien-pensant et progressiste, le sujet servant purement à nourrir la curiosité et le voyeurisme de certains spectateurs au lieu de mobiliser la responsabilité citoyenne et éthique de la société face à cette catastrophe humaine. Plus grave encore, ne pas afficher de position claire pour dénoncer les violences face à de tels témoignages relève de la complicité aux violences et de la complicité avec les maris bourreaux. Ne pas agir face à l’évidence du danger est un manquement à l’assistance de personnes en danger.

Pour finir, ce qui m’a frappé dans ces témoignages est que nous pouvons observer ici comment l’isolement et la marginalisation des Gitans profite directement aux hommes au sein de ce groupe qui bénéficient d’une emprise sur les femmes et d’une impunité décuplée (j’ai rarement entendu des menaces et des violences décrites aussi directement dans les médias mainstream par les victimes et agresseurs eux-mêmes, sans que ces violences soient érotisées ou pornifiées).

D’après ce que l’on peut en déduire des témoignages et de ce que l’on connaît du traitement des Gitanes en France, le racisme et la haine qu’elle subissent de l’extérieur, en plus du sexisme, laisse les femmes de la communauté discriminée à la merci de leurs agresseurs car il renforce l’isolement des femmes, les coupent des ressources basiques de survie comme l’accès aux soins, à l’aide sociale, à l’emploi ou aux réseaux sociaux extérieurs à leur communauté. Privées de recours possibles pour se protéger de la violence de leurs maris, elles ont encore moins de possibilités de fuir. Le racisme légitime même la cruauté extrême de ces hommes puisque mises dans le contexte Gitan, ces violences peuvent être perçues comme normales, les hommes étant considérés comme « archaïques » ou « barbares » – il est alors plus facile de rationnaliser: « pas d’urgence, c’est normal, c’est des Gitans ».

J’affiche donc publiquement mon soutien aux femmes victimes des hommes de cette communauté, j’honore leur courage de survivre dans ces conditions de terrorisme viril au quotidien et appelle à la solidarité envers elles. Ce sont nos soeurs.

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