Ode à la non-mixité

Une étude de quarante ans a prouvé ce que les féministes radicales savent et affirment déjà depuis des lustres, c’est que lorsque nous nous réunissons entre nous pour nous libérer de la domination et de l’occupation des hommes, cela fait bouger des montagnes. Plus que n’importe quel mouvement d’hommes, car d’une part, collectivement, jamais ils ne prôneront la libération de leur pouvoir sur les femmes, étant les bénéficiaires de cette domination et à la source de tous les systèmes de domination crées par et pour eux, et d’autre part, ils ne focalisent leurs mouvements de lutte que sur le remplacement d’un patriarche d’en haut, resté trop longtemps assis sur son trône, pour redistribuer un peu les cartes parce que les hommes d’en bas en ont marre de ne pas être le roi et dieu.

C’est ce que les hommes veulent dire par « révolution », c’est non pas évoluer vers quelque-chose de nouveau, mais re-venir vers un même ordre, sauf avec d’autres personnes, pour qu’ils puissent en profiter aussi. C’est à dire qu’on change les pions à l’intérieur du cercle mais on reste dans le même cercle patriarcal. C’est le but de toute prise de pouvoir, du putsch, de toutes les ré-volutions d’hommes: mettre des nouvelles personnes au pouvoir et non pas changer la structure du pouvoir en elle-même, basé sur la domination, la subordination, la mort… Tout est cyclique, donc fondamentalement, rien ne change. Le patriarcat est par définition une stagnance, un état figé, un statu quo maintenu uniquement par la force, la violence, le viol et la torture. La seule chose qui est exponentielle dans le patriarcat est la quantité de mortes, car fondé sur le passage de la vie à la mort, il faut toujours tuer et violer plus de vie pour que le système se maintienne.

Donc, ce que dit cette étude corrobore à la fois notre conviction que seules les femmes sont et ont été réellement capables de transformer notre monde, et à côté, les luttes des hommes n’ont jamais changé grand-chose au système. Tiens tiens!

Une nouvelle étude sur la violence contre les femmes menée pendant quatre décennies et dans 70 pays révèle que la mobilisation des mouvements féministes est un facteur de changement plus important que la richesse des pays, les partis politiques de gauche, ou le nombre de femmes en politique.

L’étude publiée dans le dernier numéro de la revue American Political Science (APSR), publiée par Cambridge University Press pour l’American Political Science Association (APSA), a constaté que dans les mouvements féministes qui sont autonomes des partis politiques et de l’État, les femmes sont capables d’exprimer leurs priorités en tant que femmes et de s’organiser politiquement à cet égard, sans avoir à répondre à des préoccupations organisationnelles plus larges ou aux besoins des hommes. Se mobilisant dans tous les pays, les mouvements féministes ont exhorté les gouvernements à approuver des normes mondiales et régionales et de nouvelles conventions portant sur la violence.

Voilà: lorsque nous nous focalisons sur nos besoins, lorsque nos luttes ne sont pas vampirisés par ceux des hommes, lorsque nous nous libérons, ne serait-ce qu’un instant, des préoccupations permanentes de soigner et servir les hommes, nous sommes une force qui change le monde.

La non-mixité choisie (où le spéaratisme des hommes) est d’autant plus importante aujourd’hui dans une ère de mixité imposée et sacralisée au point où toute non-mixité entre femmes est devenue le tabou absolu, l’interdit à ne pas transgresser ou au mieux, un archaïsme ringard et passé. Il est clair que cette mixité imposée dans tous les établissements d’éducation par exemple, loin d’être féministe, ne sert que les intérêts des hommes: dans un contexte où les hommes dominent déjà toutes les sphères de vie

Arrivées à l’âge adulte, de nombreuses femmes de jeune génération n’ont jamais connu d’autres espaces que ceux entièrement dominés, contrôlés et surveillés par les hommes, où  en leur présence chaque recoin même de notre conscience leur appartient. Alors, nous avons tellement appris à haïr et mépriser ce que nous sommes qu’un espace que de femmes devient perçu comme un espace plat, inintéressant, sans passion, sans profondeur, sans caractère, sans courage, sans excitation, sans bravoure, sans philosophie, fait que niaiseries, de gloussements de rire réprimés, de banalités et de critiques les unes envers les autres. Lorsqu’il n’y a pas d’homme dans la pièce, la soirée ne vaut pas la peine d’être vécue, il manque quelque-chose. La seule chose qui compte est alors de capter l’attention des hommes, parce qu’on nous a dressé à croire que notre existence dépend de leur validation, que s’ils ne nous disent pas « t’es belle », « t’es jolie », « t’es bonne », s’ils ne nous regardent pas de haut en bas avec un clin d’oeil – en gros, s’ils ne nous chosifient pas, s’ils ne nous traitent pas comme leur proie à pénétrer, nous ne valons rien, nous n’existons pas: triste inversion, car c’est justement en nous chosifiant qu’ils nous déhumanisent et nous anénatissent.

Nous vaincrons ce système de suprématie des hommes lorsque nous cesserons de croire à la haine qu’ils nous vouent et que nous éprouverons un plaisir profond à être entre femmes, à être soi et entre nous. Notre existence suffit à elle-même, nous sommes entières et vivantes et n’avons pas besoin des hommes pour notre survie. Le monde des hommes s’écroulera lorsque nous croirons profondément en notre capacité à créer pour nous, lorsque nous agirons sur notre pouvoir de créer notre propre monde, nos propres lois, notre propre justice, notre propre système selon nos termes, un monde que l’on aime vraiment et où on s’aime. C’est cette croyance en ce que l’on est et en ce que l’on peut faire par et pour nous qui déplace les montagnes d’institutions et de chars à mort patriarcales.

Etre soi et être en compagnie d’autres femmes est à chaque fois un moment de passion, de courage, de rire, de joie, d’excitation, de bravoure, d’émotion, d’apprentissage, d’enrichissement, de partage, d’amitié, de profondeur, de tristesse, de caractère, de philosophie, de poésie, d’art et de beauté.

Pour finir, je cite ce magnifique paragraphe d’Alexandra, qui résume en quelques mots notre puissance mieux que 100 ans d’études académentielles

Seules nous ne pouvons guère que fuir. Ensemble nous pouvons tout.

Car quand on compte bien, les avancées féministes ont été faites par quelques centaines de femmes. Et les associations aujourd’hui, qui sauvent des milliers de femmes, tiennent à aussi à quelques centaines de femmes ….

Il leur faut des centaines de milliers de matons pour nous maintenir au pas, mais il nous faudrait une mini masse critique de femmes pour détruire le pouvoir, d’abord car nous sommes partout, ensuite car nous avons un courage que peu d’hommes ont : le courage développé sous le terrorisme viril est d’une puissance sans fin, je le vois au quotidien à travailler auprès de femmes victimes de violences masculines

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3 commentaires pour Ode à la non-mixité

  1. Il est vrai que prôner le séparatisme entre hommes et femmes fera vachement avancer les choses…

  2. Karina von Krokenstein dit :

    Oh oui… Les femmes d’un côté et les hommes très loin de nous !
    Le monde n’en sera que meilleur 🙂

  3. Prune dit :

    C’est incroyable!
    Il me semble qu’en Suède il y a un parti féministe avec uniquement des femmes et dont le programme politique est : le féminisme.
    En ce qui me concerne, si cette possibilité existait en France, je serai une des premières à m’y inscrire. Je ne peux pas me résoudre à adhérer ailleurs, que ce soit l’extrême gauche ou les anars, ils sont toujours misogynes, c’est une constante. Je pense qu’un mouvement politique qui ne rassemblerait que des femmes, pour la cause des femmes, ce serait magnifique. Un rêve devenu réalité.
    Peut-être dans quelques années.

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