Le fascisme administratif

Contrairement à ce que l’on nous fait croire, la bureaucratisation de la vie n’est pas l’amélioration de l’organisation de la vie humaine dans une société démocratique. C’est la rationalisation du totalitarisme patriarcal.

Récemment, j’ai subi le fascisme administratif. Il est conçu pour broyer, briser l’humanité en nous. Tuer toute créativité et toute vie. Elle interrompt en permanence nos activités, c’est une occupation mentale, spatiale et physique, avec des tâches insensées, futiles et qui rendent folles, elles sont sans fin et empêchent de penser, de vivre et de se réaliser. ça sidère la vie. C’est comme dans les camps de la mort où on donnait des tâches insensées aux prisonniers comme creuser des trous dans la terre pour rien puis les reboucher avec les mains, alors qu’il y avait des pelles à côté, juste pour se moquer d’eux. C’est conçu pour nous humilier, nous abaisser à lécher les bottes des soldats de l’état, à mendier poliment aux pions de la bureaucratie dans leurs bureaux d’un calme sourd alors que l’urgence est criante, pour récupérer quelques miettes pour notre survie de ce que les hommes d’en haut nous ont violé.

C’est une occupation. Au lieu de faire et avant même de faire, nous devons écrire que nous prévoyons de faire, puis soumettre cet écrit pour qu’il soit réécrit 15,000 fois et ainsi dilué de toute son âme et de sa fougue initiale, et puis envoyer au compte-goutte des documents qui justifient et légitiment ce que l’on vient d’écrire. Puis si l’écrit est jugé suffisamment mort, dissocié, dépolitisé et a-contextualisé par 20 commissions, nous aurons peut-être la chance de faire ce que nous avons prévu de faire – mais alors le projet sera tellement dénaturé et il se sera passé tellement de mois, qu’au moment où on nous aura autorisé de faire, il ne nous en restera plus qu’un âpre goût de lassitude et de désespoir. Ensuite, il faudra documenter ce que nous faisons pendant que nous faisons, et lorsque ce sera fait, écrire sur ce que nous venons de faire, et transformer ces faits en chiffres, afin de bien tuer ce qui reste de vie du projet. C’est conçu pour contrôler nos moindres faits et gestes.

Ainsi, ils savent tout ce qu’on fait, où on est, qu’est-ce qu’on mange, combien on dépense, chez qui on vit, et s’assurent en même temps qu’on n’aura jamais assez de temps pour nous libérer et créer de alternatives. Une surveillance qui s’accroît à mesure que baisse notre niveau de pouvoir dans le patriarcat. On nous envoie de service en service, personne n’est responsable, car nous n’avons toujours affaire qu’à des pions maltraités pour nous maltraiter. C’est conçu pour freiner toute initiative et étouffer, ternir tout élan révolutionnaire que l’on peut avoir en nous. On nous donne juste assez pour maintenir la tête en dehors de l’eau, mais c’est conçu pour nous faire croire le mensonge que nous avons un intérêt à être soumis à l’état totalitaire patriarcal, que nous lui devons quelque-chose et nous devons lui être reconnaissant. C’est pour éteindre toute dissidence au patriarcat. Qui d’autre que des personnes déjà un peu mortes, ou rendues totalement désespérées, se plierait à des pratiques aussi humiliantes et absurdes?

En accaparant le pouvoir de nous déloger, de nous couper les vivres, de nous accorder ou  non le droit de nous nourrir et de réaliser les activités qui font que l’on s’estime et l’on s’aime, l’état nous fait courir et supplier comme des mendiants après une carotte qu’ils bougent sans cesse; exige que l’on se plie en quatre, de subir avec le sourire l’avilissement, nous met au pas et nous dresse. Et nous cassent.

Comme dit Factcheckme sur Femonade, les systèmes ne sont pas là par hasard. Par exemple, les systèmes routiers ne sont pas tombés du ciel, ils ont été crées par les hommes de façon à atteindre un objectif spécifique: les surfaces lisses et dures des routes été inventées spécialement pour que les véhicules roulent plus vite, avec l’intention d’échanger plus vite les « marchandises » (de la vie transformé en mort) d’un bout à l’autre de la terre.

Pour quoi les hommes ont-ils crée la bureaucratie?

Notre bureaucratie, c’est beaucoup celle de Napoléon. Après son putsch, il a crée un régime militaire hautement organisé, une sorte de royauté militaire, sauf qu’au lieu que ce soit un dieu imaginaire qui lui confère le pouvoir, c’est lui-même qui était Dieu [dans ce sens, l’avancement vers une société « laïque » n’est pas à analyser comme un progrès mais comme l’avancement de l’obscurantisme patriarcal, dans la mesure où ce qui se cachait derrière cette revendication est la volonté des hommes, par la science et leurs machines phalliques de la mort, de remplacer Dieu pour devenir Dieu le père eux-mêmes. Basta, y’en a marre de vieux barbu imaginaire qui nous terrorise! disent-ils. C’est nous les dieux sur terre! L’objectif de la société scientifique et laïque n’est pas de libérer la société du dogme religieux et du totalitarisme, mais de faire de la science la nouvelle religion, le nouveau dogme. Lisez tous les fondateurs théoriques de la société moderne et scientifique (Comte, Durkheim, Newton, les post-révolutionnaires, etc), ils le disent explicitement].

Bref, c’est un système hiérarchie vertical rigide afin d’optimiser l’emprise totalitaire sur la population et l’expansion impérialiste de la France. Tout était planifié de sorte à faire des hommes des soldats de l’état, automates au service soit de la mort elle-même, dans l’armée, soit des soldats de l’organisation de la mort en amont ou en aval: dans l’embrigadement des jeunes dans les écoles, la gestion des biens accaparés et des humains contrôlés dans les administrations (pour lesquels ont été crées des postes de « hauts fonctionnaires »), la rationalisation du monopole du savoir et des instruments de propagande dans les universités, la prolifération de centres de stockage des biens accaparés par le sexisme et le colonialisme (banques et finance), la rationalisation de l’accaparement et de la transformation des ressources dans les terres occupées (industries capitalistes). C’est aussi Napoléon qui a officialisé légalement le statut des femmes comme pondeuses de soldats.

Tout a été pensé pour améliorer la poursuite de l’expansion militaire de l’empire français, vers l’extérieur du pays autant que vers l’intérieur. Aucun être vivant en France ne devait échapper à ce plan d’embrigadement prisonnier. Pour cela le pays a été méthodiquement découpé, fragmenté en départements et en régions pour rationaliser la surveillance et le contrôle de chaque parcelle de terre et ses habitants (C’est une technique d’occupation en « grille »). Sous les ordres de Napoléon, et à la tête de la surveillance et du contrôle de chaque région et sous-région, des militaires en personne: un préfet et un sous-préfet, et sous leurs ordres, une armée d’exécutants de l’état.

Aujourd’hui encore, les chefs des régions et sous-régions sont des militaires: les préfets. Il n’y a que des hommes blancs – la preuve qu’en France, leur pouvoir est important. Si des femmes restent durablement dans une sphère publique, nous pouvons être sûrs que le pouvoir ne se situe plus là. La puissance des préfets est royale et leur armée d’exécutants leur doit toujours une obédience totale et craintive. Ils sont inaccessibles, invisibles, personne ne connaît leur nom. Tout le monde a peur du préfet dans l’administration de l’état. Leur jugement peut tomber comme un couperet et jamais ils ne doivent froisser sa volonté. Il doit tout savoir, tout contrôler. A côté, les députés font pâle figure. Ils n’ont aucun pouvoir réel et décisionnel sur l’organisation concrète du département. Leur accessibilité et leur visibilité est la marque de leur manque de pouvoir – tout comme l’assemblée, un fantoche. Mais passons.

La bureaucratie, c’est aussi celle du génocide nazi. La machine bureaucratique érigé par l’état Nazi pour organiser méthodiquement l’élimination des peuples désignés comme parasites ne s’est pas écroulé du jour au lendemain après la guerre. Après les années 40, les techniques ont été améliorées et raffinées par les généraux des états impérialistes, les corps médicaux et psychiatriques (tous deux partie prenante dans le génocide nazi et les tortures dans les camps) et les corporations (y compris les industries du viol), pour devenir ce qui est aujourd’hui nommé le « capitalisme néolibéral », un mot trompeur pour désigner la phase finale du plan génocidaire patriarcal.

la bureaucratie, c’est celle de tout génocide. De la planification et de la documentation méticuleuse du génocide des femmes au moyen-âge, du génocide des peuples colonisés, du génocide des paysans et mouvements autonomes, de la gestion et la comptabilité des biens accaparés et êtres vivants tués et torturés et découpés par tous ces génocides, de la gestion de la surveillance et du fichage des populations pendant et après tous ces génocides. La bureaucratie c’est la planification des viols, des grossesses forcées et de la captivité des femmes aux hommes, nommés mensongèrement « mariages » et « plannification familiale ». Notre bureaucratie est le continuum de toutes ces bureaucraties mises en places pour planifier ces génocides.

Contrairement à ce que l’on croit, la quantité de paperasse et de dossiers et de fichiers n’est en rien le signe d’une absence de violence et de totalitarisme d’un état, ou que cet état est progressiste. C’est au contraire une arme redoutable de déréalisation de la violence et de légitimation de celle-ci.

 

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4 commentaires pour Le fascisme administratif

  1. Un super article qui met fin aux mythes de la démocratie libérale comme étant une condition essentielle de l’émancipation humaine. A bien des égards, dont celui évoqué dans l’article, elle n’est peut-être qu’une ruse de la domination.

  2. Euterpe dit :

    Merci pour cet article simplement génial. Je suis d’accord avec tout, tout, tout. Entre autres, j’aime beaucoup : « [dans ce sens, l’avancement vers une société « laïque » n’est pas à analyser comme un progrès mais comme l’avancement de l’obscurantisme patriarcal, dans la mesure où ce qui se cachait derrière cette revendication est la volonté des hommes, par la science et leurs machines phalliques de la mort, de remplacer Dieu pour devenir Dieu le père eux-mêmes. »
    C’est tellement vrai !
    Je pense citer cela dans l’un de mes billets un de ces jours.

  3. Stoire dit :

    Votre blog est passionnant. Mais une question me travaille. Je suis un mec, blanc, hétérosexuel, riche : qu’est-ce que je dois faire pour « putréfier le patriarcat » ?

  4. ribzw dit :

    Chouette article. Je me suis reconnu, à poireauter au pôle-emploi, les fois où j’ai fait l’erreur d’y aller.

    Jviens d’écrire ça, ça te parlera peut-être ..
    http://worssderp.wordpress.com/2013/03/16/208/

    Jette un oeil à ça aussi :
    http://delphysyllepse.wordpress.com/2010/05/12/des-outils-et-des-flammes/
    Ça a beaucoup à voir avec ton
     » L’objectif de la société scientifique et laïque n’est pas de libérer la société du dogme religieux et du totalitarisme, mais de faire de la science la nouvelle religion, le nouveau dogme.  »

    Notamment quand l’auteurE dit des trucs comme
    « il ne s’agit plus de comprendre le social en fonction d’une évidence perceptive immédiate, celle de la différence physique homme/femme mais, tout au contraire, il s’agit de comprendre que la distinction biologique ne prend sens qu’à partir de la construction sociale genrée. »
    « la sociologue affirme qu’accepter de dépassionaliser le feu du savoir, c’est tomber dans «le piège du diable »

    .. En gros, aujourd’hui on sait qu’il ne faut pas faire aveuglément confiance aux prêtres, aux journalistes, mais on court-circuite trop facilement la pensée des naïfs, en en appelant à l’argument d’autorité « Science », ou à l’argument d’autorité « c’est pour la société mon pote, serre les dents ».

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